Forêt de Perseigne

Comme un rideau qui se soulève avec le vent
et se prend un instant au visage
la lente marée de blanc brouillard
dans l’allée forestière
entre les branches
bouge doucement.
S’y ébruite la neige légère
des feuilles mortes de novembre.

 

Le contre-chant

C'est comme un contre-chant, cela
qui nous entoure, le compact :
rideaux, coussins, murs et toit
et le réveil qui moud le temps

d'un grain égal à toute date, à toute heure.
Cela parle à quelque chose en nous

qui agrée cette mouture du temps, le malheur
de la créature lui interdit toute harmonie

avec le prochain comme avec elle-même, dehors,
les grands arbres ont leur prière.

     29 XI 82

 

Un reflet de l'amour éclaire encore la main
qui lisse la chevelure et caresse la tempe
les chambres sont tombées sur eux comme des rideaux
où ils se sont aimés dans les années raboteuses

et aujourd'hui leurs visages sont rainurés
ainsi que ceux des statues au bois éclaté
leurs anges gardiens ouvrent sur eux des ailes
pourpres d'une jeunesse prophétique.

      10 XII 82

Extraits de « Le front sur la vitre », Entrevoir suivi de le front sur la vitre et de La Halte obscure. Préface de Guy Goffette. Éd. Poésie/Gallimard.

Je ne connaissais pas la poésie de Paul de Roux, J’ai lu il y a quelques années un de ces romans « une double absence ».  En feuilletant ce recueil à la médiathèque, je suis "tombée" sur le poème "la forêt de Perseigne". C'est la première forêt dans laquelle j'ai gambadé, que je voyais tous les jours lorsque j'étais enfant, alors...

Claude

Sans titre-1