La malédiction du bandit moustachu
d’Irina Teodorescu
 

Un jour entre chez un barbier, un bandit doté d’une longue moustache (où soit dit en passant les restes de son repas préféré, la bouillie de haricots sont bien représentés !). Il sympathise avec un client, Gheorge Marinescu. Ce dernier lui propose de venir passer une nuit en toute tranquillité chez lui, à l’abri des gendarmes. Le bandit accepte avec plaisir, une bonne nuit en sécurité ne lui ferait pas de mal. Mais, c’est sans compté qu’il est tombé sur plus filou que lui ! Avec un stratagème adroit, il le fera entrer dans la cave situé sous la cuisine et l’enfermera. Il lui fera dire où se trouvent ses coffres d’or, et le laissera ensuite mourir de faim. Le bandit avant de mourir maudira la famille et la descendance jusque l’an 2000.

Et ainsi, au fil du livre, on découvre cette malédiction qui touche tous les fils premiers nés, de génération en génération, à travers de drôles de personnages « Maria la cochonne », « Ion aussi », « Margot la vipère », « Maria la laide » etc. Ils essaieront tous à leur manière de déjouer la malédiction, mais en vain rien ne pardonnera la faute de l’ancêtre. Les personnages sont haut en couleurs, l’histoire m’a fait un peu penser aux histoires d’Amérique Latine, je ne sais pas trop pourquoi. En tout cas, c’est loufoque, on rit bien, et puis, évidemment c’est un peu tragique aussi. J’ai bien ri, et bien aimé l’imagination d’Irina Teodorescu, plus que sa plume.

Claude

Première Page
Ce sont des choses que je ne connais pas. Je sais qu'à un moment donné il y a eu un autre appartement, peut-être avait-il de grandes fenêtres orientées plein sud, peut-être qu'il faisait, à cette époque, moins chaud en été et moins froid en hiver. Peut-être qu'il y a eu une fois, ou plusieurs — oui, plusieurs fois, pourquoi pas, au fond — des dimanches matin dans cet appartement pendant lesquels le lit restait défait, baigné dans la lumière dorée du soleil. Et puisque je ne peux m'en assurer — à moins de lui deman­der à elle qui est encore vivante, mais ça, je n'en ai pas envie —, je peux imaginer qu'ils étaient là, tous les deux, en ces dimanches matin, à siroter du café dans la minuscule cuisine de l'appartement et à parler des petites choses de la vie, d'un collègue au travail, d'une idée de vacances, d'un train déraillé, d'un plan sur la comète. Je peux très bien imaginer, et c'est précisément pour cette raison que je ne lui poserai jamais la question, qu'en ces temps-là, ils étaient ensemble, heureux.

Lui, bien entendu, il fumait déjà, il fumait toujours, lui, et cette image-là, celle de la fumée de cigarette glissant à travers les rideaux ensoleillés, est bien réelle.

Plus tard peut-être qu'il y avait une nappe sur la table de la cuisine, ce serait elle qui l'aurait achetée avec son premier salaire, bien entendu, à cause de ses phobies et ses lubies, elle aurait acheté une toile cirée à fleurs. Peut-être qu'à cette même table il y a eu des jeudis soir passés ensemble pendant lesquels lui, il a ri et elle, elle a souri. Ou alors des samedis soir au cours desquels un gâteau et une bouteille ont attendu sagement le couple d'amis en retard avec qui ils allaient les consommer. Mais encore une fois, ce ne sont là que des suppositions.

La malédiction du bandit moustachu, d’irina Teodorescu, écrit en français. Éd. Gaïa.

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