Pour commencer l’année en poésie, voici un poème de Rabindranath Tagore, que je ne connais que très peu, si ce n’est pour dire pas. Claude

Au matin, je jetai mon filet dans la mer.
J’arrachai du sombre abîme d’étranges merveilles :
les unes brillaient comme un sourire, d’autres scintillaient
comme des larmes et d’autres étaient rougissantes comme les joues d’une jeune épousée.
Quand, chargé de mon précieux fardeau, je revins à la maison,
ma bien-aimée était assise dans le jardin et nonchalamment
effeuillait les pétales d’une fleur.
J’hésitais un instant, puis je plaçai à ses pieds tout ce que
j’avais arraché à la mer et je restai là silencieux.
Elle y jeta un regard et dit : Quelles sont ces choses
étranges ? À quoi peuvent-elles servir ?
De honte, je baissai la tête et je pensai : Je n’ai pas lutté
pour obtenir ceci ; rien de tout cela n’a été acheté sur le marché ;
ce ne sont pas des présents faits pour elle.
Alors, durant toute la nuit, je jetai ces trésors dans la rue.
Au matin, des voyageurs vinrent ; ils les ramassèrent et les
emportèrent dans des pays lointains.

 

Le Jardinier d’amour – La Jeune Lune, de Rabindranath Tagore, le premier traduit par H. Mirabaud-Thorens et le second par Mme Sturge Moore, préfacés par Jean-Michel Gardair. Gallimard.

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