Lire comme on se souvient –Livres pour éclairer les solitudes-
de Jean Manbrino.

La semaine dernière au travail, j’ai transcrit en braille « le pays où l’on arrive jamais », d’André Dhôtel. Cela fait très longtemps que je n’avais pas lu cet auteur. Je l’aime beaucoup. Cela m’a fait penser à un chapitre consacré à sa poésie, de l’excellent Jean Mambrino dans son livre « Lire comme on se souvient – Livre pour éclairer les solitudes ».

J’aime lire et relire ce livre. En pointillé… de temps en temps… Je l’ai en double d’ailleurs, un dans la bibliothèque et l’autre qui se promène aux grés de mes envies dans le reste de la maison.

Je n’ai que très peu de temps en ce moment, et pour une fois, je vais laisser parler l’éditeur de ce livre, pour vous donner l’envie de le lire !!! C’est la première fois et j’espère la dernière que je fais cela. Mais, en relisant la préface, je ne suis pas parvenue à mettre mes mots ; tout me semblait vide, insipide… voilà, ça arrive !

 

NOTE DE L'ÉDITEUR

Il n'est pas beaucoup de livres dont on ait, dès la première approche, le sentiment qu'ils sont là pour rendre les gens heu­reux. Jean Mambrino a-t-il clairement visé ce but? L'important est qu'il l'ait atteint. On a aussitôt envie de faire lire ces pages à ceux que l'ennui d'être ici désespère — et que la littérature, peut-être, a fini par décourager. A ceux aussi qui doutent du génie du siècle écoulé, sous prétexte qu'il a été le pire — disons le plus sanglant — de l'histoire des hommes.

Jean Mambrino a passé le plus clair de sa vie à lire (et à écrire), et le reste en large part à cultiver l'amitié. Au vrai, il considère volontiers les livres des autres — disons certains d'entre eux, triés sur le plus fin volet — comme autant d'amis avec qui c'est un régal que de faire un bout de chemin, et auprès desquels il fait souvent bon revenir. Il en dénombre ici une centaine, parus à peu près ces trente dernières années, et qui forment selon son cœur le noyau d'une sorte de bibliothèque idéale de la littérature d'aujourd'hui — au sens large de ce dernier mot. Ce qui représente, pour le lecteur curieux d'aller fourrer son nez un peu plus loin que ce livre, un an ou deux de lecture intensive. Et, osons le dire, d'émerveillement.

Arrêtons tout de suite ceux qui, à feuilleter le présent volume, croiront avoir affaire à une œuvre de critique. Le genre singulier que cultive ici Jean Mambrino est un, peu cela, certes, mais surtout beaucoup plus que cela. A la façon d'un Julien Gracq — dont il se sent tout particulièrement proche —, l'auteur procède à des « exercices d'admiration » qui sont autant de mises en écho : faire sonner la « voix » d'une œuvre, et en recueillir patiemment toutes les harmoniques dans le but d'en révéler bientôt le chant intime — et pour tout dire le secret.

Œuvre de poète donc, ce qu'est d'abord Jean Mambrino. Tous ceux qui, en notre langue, s'occupent tant soit peu de poésie ont croisé un jour ou l'autre son chemin. C'est qu'il est, comme peu d'autres que nous sachions, un homme de rencontres, un parta­geux des friandises de l'esprit — et aussi un homme de Dieu (même si la réserve de son caractère le retient de mettre ce der­nier état en trop vive lumière). Rappelons, pour faire bref, qu'il a. publié une quinzaine de recueils au cours des trente-cinq der­nières années, répartis chez les éditeurs les plus divers : du Veilleur aveugle (1965) à L'Aube sous les paupières ('2000,), en passant par L'Oiseau-cœur (prix Apollinaire, 1981). Rappelons surtout que peu de fauteurs de poésie, en ce siècle, auront reçu autant de témoignages d'enthousiasme et issus d'horizons aussi variés : T.S. Eliot, Supervielle, René Char, Norge, Senghor; Kathleen Raine, Henri Thomas, Edmond Jabès, Jean Follain, Guillevic, André Dhôtel, Bernard Noël, ont été amenés à an moment ou à un autre de leur parcours à saluer l'œuvre de Jean Mambrino, en qui ils ont pu reconnaître tour à tour un inspira­teur, un modèle ou un frère. A quoi l'on voudrait ajouter encore quelques noms moins attendus : François Truffaut, Éric Rohmer; Georges Simenon, Roger Planchon...

On l'aura compris, la poésie de Jean Mambrino parle sinon à tous, en tout cas à beaucoup : tout simplement parce qu'elle s'abreuve aux sources les plus claires; et qu'elle déborde natu­rellement le cadre strict du poème. Chroniqueur littéraire de la revue « Études », Jean Mambrino a pendant- de longues années «chanté» les livres qu'il aimait, après les avoir lus et élus loin de toute mode, de toute urgence; en prenant son temps. Le romps du rêve.

Ce sont ces proses qu'on va lire ici, composées selon le vœu de Joubert « comme on se souvient », dans le tressaillement de la ressouvenante; et pour tous ceux (il y° en a encore) qui consi­dèrent le recueillement de la lecture comme l'une des rares bénédictions qui nous soient franchement offertes ici-bas. Et comme l'un des rares espaces où il soit encore possible de s'éclairer — pourvu que l'on veille à ouvrir grand les fenêtres qui restent à notre portée. Ainsi irons-nous de Rilke à Julien Green, de Kafka à Michaux, de René Char à Henry Miller, de Bradbury à Borges, de Pa-Kin à Kawabata, de Gracq à Mandelstam, de Duras à Lagerlöf de Jünger à Ritsos de Virginia Woolf à Umberto Saba... Soit un tour d'horizon cou­vrant à peu près tous les climats, et l'un des plus excitants qui se puissent rêver: à l'exact opposé de ces Histoires de la litté­rature qui nous sont régulièrement proposées comme autant d'écrans entre les œuvres et nous. Une promenade flâneuse à travers la forêt des livres et des songes, que seul, hormis l'auteur, un Bachelard peut-être aurait pu nous convier à accomplir.

Jean Mambrino signe ici, en quelque sorte, une manière de livre d'heures voué à la lenteur et à la plus exigeante des voluptés. Une œuvre que son ami Claude Roy — qui n'a pas eu le temps de préfacer le livre avant de quitter cette planète — qua­lifiait de « schubertienne », dans la mesure où elle nous rappelle que nous sommes tous des voyageurs gouvernés par une mystérieuse Fantaisie, et que les livres — quelques-uns en tout cas ­.sont sans doute les bornes les plus sûres appelées à baliser notre incompréhensible chemin.

J.P.S.

Lire comme on se souvient –Livres pour éclairer les solitudes- de Jean Manbrino. Éd. PHÉBUS

 

Je relis mon billet et je me rends bien compte que le chemin pour arriver à Jean Manbrino est un peu tiré par les cheveux, mais bon… c’est comme ça en ce moment !

Claude

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