Le restaurant de l’amour retrouvé
d’Ogawa Ito

Il y a quelques semaines, alors que je n’arrivais pas à lire (j’étais trop fatiguée, et je dormais !), on m’a conseillé ce livre. Et, je n’ai pas regretté !

Le début peut paraître banal. C’est l’histoire d’une jeune femme qui rentre chez elle pour se rendre compte que son amoureux est parti sans un mot, sans une adresse. Le choc est tel, qu’elle perd sa voix. Il est parti, sans oublier d’emmener tout le matériel de cuisine qu’elle a acheté en économisant patiemment. Tous les deux sont cuisiniers. Par bonheur, il a oublié la chose qui pour elle est la plus précieuse : « la jarre de saumure de son de riz » de sa grand-mère maternelle qui se passe de génération en génération.
Seule, elle décide de revenir chez sa mère, une femme fantasque, qui tient un café et vit avec un cochon apprivoisé. Une mère qui ne s’est jamais vraiment occupée d’elle. Toutefois, elle lui permet d’ouvrir un restaurant dans sa grange, elle doit tout faire, la décoration, la recherche de fournisseurs, de clients etc. Elle rencontre alors, Kuma, un voisin. Il l’aide à nettoyer, aménager, il l’emmène en montagne chercher des végétaux, il lui fait connaître des lieux, des gens. Peu à peu, la grange devient restaurant. Elle décide alors, qu’elle ne cuisinera que pour un client ou un groupe de client par soir. De cette façon, elle espère répondre au mieux aux envies et aux goûts de ses clients. Une sorte de poésie « alimentaire », se met en place dans le roman (je ne vois pas comment le nommer autrement). Elle découvre qu’elle peut rendre les gens heureux en cuisinant pour eux des mets médités et préparés comme une prière. Elle se libère peu à peu de ses peurs, de ses chagrins et de ses regrets.

Chaque jour, elle s’occupe du cochon de sa mère, « personnage » haut en couleur dans le livre, tout comme la mère d’ailleurs. On rit, on est triste, on est calme, on est excitée avec elle quand les travaux avancent quand elle a son premier repas, on remonte dans son passé et on est avec elle dans son présent.

C’est un livre que j’ai dévoré, il rend heureux. La fin est très jolie, là où les regrets arrivent trop tard et laissent la place à la vie. C’est un très beau premier roman.

Depuis, j’ai repris mes lectures, en même temps je me suis inscrite à une formation sur internet, juste pour le plaisir, et ça me prend un peu de temps. Il faut dire, que je viens d’apprendre que la formation que l’on m’avait accordée après 10 ans de demande (oui oui !) vient d’être annulée faute de candidats et repoussée à cet hiver. Dommage, moi j’avais prévu plein de choses à faire à Paris, après 17 h !!!! et il fait bien froid en décembre pour traîner jusqu’à pas d’heure (comme disait ma grand-mère).

Claude

Première Page

Quand je suis rentrée à la maison après ma journée de travail au restaurant turc où j'ai un petit boulot, l'appartement était vide. Complètement vide. La télévision, la machine à laver et le frigo, jusqu' aux néons, aux rideaux et au paillasson, tout avait disparu.
Un instant, j'ai cru que je m'étais trompée de porte. Mais j'avais beau vérifier et revérifier, c'était bien ici, le nid d’amour où je vivais avec mon petit ami indien. La tâche en forme de cœur, abandonnée au plafond, en était la preuve irréfutable.
On aurait dit le jour où l’agent immobilier nous avait montré l’appartement pour la première fois. Seulement, à la différence de ce jour-là, il flottait dans la pièce un léger parfum de garam masala et, au beau milieu du salon désert, luisait la clé de mon copain.

 

pages 73-74

Quand je suis revenue de mon tour du village sur l'escargot, Kuma était en train de fendre du bois ramassé en forêt pour le poêle.
J'ai sorti mon carnet, j'ai écrit un message et attendu que Kuma fasse une pause pour lui demander:

Qu'aimerais-tu manger ? Dis-moi ce qui te ferait plaisir.

J'étais toute confuse, comme si je faisais une déclaration d'amour à un garçon qui me plaisait. Mon écriture était un peu tremblée, peut-être à cause de ma nervosité.
Mais à vrai dire, cela faisait déjà un bon moment que j'avais pris ma décision.
Je voulais remercier Kuma pour son aide dans les préparatifs d'ouverture du restaurant. Lui offrir de l'argent ou un cadeau était, en toute franchise, hors de ma portée pour le moment. Mais je pouvais cuisiner. Et si c'était pour lui, j'étais sûre à cent pour cent de mettre tout mon cœur dans ce repas.

Je crois que ma question a pris Kuma complè­tement au dépourvu. Il a fait la moue avec la tête de quelqu'un qui a avalé quelque chose d'amer alors qu'il s'attendait à du sucré.

— Ce que j'aimerais manger... a-t-il murmuré, puis il a gardé le silence.

Ensuite, comme s'il n'avait pas lu ma question, il s'est vite remis à fendre du bois.
Mais au bout d'un moment, à voix basse, il a commencé à parler de Séniorita. C'était comme si le fait de penser à la nourriture lui rappelait inéluc­tablement Séniorita et leur enfant chérie.

C'était pareil pour moi. Depuis mon retour au village, je goûtais plus souvent aux petits bonheurs, et puis soudain, je repensais à mon amoureux. La blessure, loin de guérir, s'approfondissait de jour en jour. 

Le restaurant de l’amour retrouvé, d’Ogawa Ito, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako. Éd. Picquier.

 

Sans titre - 1