L’île du serment
de Peter May

L’île d’Entrée est située dans l’archipel de la Madeleine à l’Est du Canada. Elle est peuplée par une poignée de familles d’origine écossaise. L’île est calme, jamais rien ne s’y passe. Jusqu’au jour où, James Cowell est assassiné. Sa femme est soupçonnée, malgré le fait qu’elle dise à la police, que c’est elle que l’agresseur avait voulu tuer, et que son mari était mort en voulant la défendre. La police du continent est envoyée sur l’île, Sime Makenzie est le seul anglophone. Son ex-femme est le médecin légiste. Lorsqu’il voit Kirsty Cowell, il a le sentiment de la connaître depuis toujours. Il est d’ailleurs le seul à croire en son innocence. Meurtri par son récent et difficile divorce, il n’arrive pas à dormir, et à force de nuits blanches, il sombre dans un état second dans lequel se mêle la réalité et d’étranges rêves m’étant en scène un de ses ancêtres écossais, expulsé de l’île de Lewis alors que sévissait en Écosse la famine des pommes de terre.

 

Je ne vous en dirai pas plus. Il faut découvrir ce livre. Je suis tombée dedans, j’avais juste lu en diagonal la 4ème de couverture, et je n’ai pas été déçue. Les passages de 1850 à nos jours sont excellemment bien fait. L’intrigue est menée d’une main de maître, d’une belle intelligence, et écriture. J’ai dévoré ce livre, je ne m’y suis pas ennuyée, j’ai appris beaucoup sur la famine des pommes de terre, je croyais qu’elle n’avait sévi qu’en Irlande, j’ai appris sur les mœurs du 19ème, j’adore apprendre !!! J’avais adoré la trilogie écossaise, ce livre est du même cru, c’est formidable ! Je suis gâtée, car je ne lis pas beaucoup de policiers.

Claude

Prologue

À la manière dont les pierres étaient encastrées dans la pente de la colline, il était évident que des bras vigoureux avaient autre­fois œuvré pour aménager ce chemin. À présent, il était recouvert de végétation et le fossé peu profond qui le longeait était à peine visible. Avec précaution, l'homme descendit en direction des vestiges du village, habité par le sentiment étrange de marcher sur ses propres traces. Pourtant, il venait ici pour la première fois.

Au-dessus de lui, la silhouette d'un mur en pierres sèches à demi effondré courait au sommet de la colline, vierge de tout arbre. Au-delà, il le savait, un vaste croissant de sable argenté se déroulait en direction du promontoire où se dressaient les stèles du cimetière. À ses pieds, les fondations des blackhouses étaient à peine visibles au milieu du sol tourbeux et des touffes d'herbes hautes qui dansaient dans le vent. Les ultimes traces des murs à l'abri desquels, autrefois, vécurent et moururent des familles.

Le chemin serpentait au milieu des ruines en direction de la plage où un alignement de rochers grossièrement taillés s'enfonçait dans les vagues mousseuses et crachotantes qui projetaient leur écume sur les galets. Les restes d'une antique tentative, avortée, de construire une jetée.

Il devait y avoir eu sur le site entre dix et douze blackhouses. Leurs toits de chaume courbes campés sur d'épais murs de pierre laissant échapper par leurs lézardes et leurs crevasses la fumée de tour qu'emportaient les bourrasques glacées de l'hiver. Arrivé au cœur du village, l'homme s'arrêta et se représenta l'endroit où, autrefois, le vieux Calum était tombé, se vidant de son sang, le crâne fendu, toutes ses années de vie et son héroïsme anéantis par un simple coup. Il s'accroupit pour toucher la terre, entrer en contact avec l'histoire, communier avec les fantômes, avec un fantôme qui hantait son propre passé. Un passé qui n'était toutefois pas le sien.

Il ferma les yeux et imagina comment cela devait être, ce que l'on ressentait, sachant que c'était là que tout avait commencé, à une autre époque, dans la vie de quelqu'un d’autre.

 

L’île du Serment, de Peter May, traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue. Éd. ROUERGUE noir.

peter