Ballade pour Georg Henig
Victor Paskov

Victor Paskov, revient dans cette ballade sur son enfance. Il vivait alors à Sofia dans un quartier très pauvre. Son père était trompettiste et travaillait dans une opérette, et sa mère, fille d’une famille bourgeoise se voyait obligée de coudre des cols après que ses parents l’aient renié pour s’être mariée avec cet homme pauvre.

Toutefois, ses parents ont toujours voulu lui donner la meilleure éducation. C’est pourquoi pour ses 4 ans, son père l’entraîne chez Georg Henig. Il est luthier, il est tchèque, il parle mal le bulgare. Mais, dès leur première rencontre Victor sait qu’il ne l’oubliera jamais, lui, sa femme, leur gentillesse. Le maître luthier accepte de lui faire son violon.

Quelques années plus tard, pour une histoire de buffet, ils se retrouveront. En effet, la mère de Victor fait une fixation sur le fait qu’ils n’aient pas de buffet. Son père voyant que leur couple est en danger décide un jour de lui en construire un. Mais où ? C’est alors que Victor propose l’atelier de Georg Henig. C’est ainsi qu’ils retrouvent le vieil homme à moitié mort, ils décident de s’occuper de lui, et au fur et à mesure que le buffet se monte, leur amitié prend de la force tout comme le vieil homme.

C’est un livre magnifique, il y a des descriptions des habitants du quartier remarquables. Les relations entre la famille et le luthier sont très belles, vraies, on ne peut invepuis, quand Georg parle de son métier, quand il caresse le bois, ou lui parle c’est tout simplement merveilleux.

C’est  un roman plein de tendresse, dans lequel on suit la vie dans les quartiers pauvres, où l’alcool le plus souvent mène la danse. La frustration des gens est palpable, l’envie de vivre, mais aussi la médisance dont nul n’est jamais à l’abri. Il y a également des situations qui peuvent prêter à rire dans un premier temps, mais qui décrivent une pauvreté inimaginable, qu’elle soit sociale ou autre.

J’ai beaucoup aimé ce livre, je vous le  conseille. Marie Vrinat (2004). « Deux objets se dressent, symbolisant deux conceptions différentes de l’art : le violon démesuré que le vieillard veut créer avant de mourir et dédier à Dieu, et le buffet que le père de l’enfant fait de ses mains pour contenter sa femme, délaissant pour un temps son instrument et la musique. Malgré la misère et le désespoir engendré par un régime qui tue la dignité humaine, plusieurs passages font surgir un monde enchanteur où les ombres des morts vivent avec les vivants, où le bois parle sous la main habile du vieux luthier et où la musique triomphe. On trouve rarement des pages aussi magiques où l’art, le véritable, permet une symbiose entre le maître et la matière qu’il travaille. Tandis que le père fait violence au bois, le frappe et le maltraite pour en faire sortir ce buffet, le maître luthier, lui, sait écouter le bois et ne travaille qu’en instaurant avec lui un vrai dialogue. C’est cet art qu’il transmet au jeune narrateur, qui tente, pour la première fois, de parler au bois, en imitant la syntaxe défaillante du vieux Tchèque.
Plusieurs personnages s’opposent également : le vieux luthier, fidèle à son art, qu’il pratique en véritable maître, le père du narrateur, qui trahit pour un temps la musique pour fabriquer le buffet, les élèves suffisants, arrogants, du vieux maître, qui délaissent définitivement l’art véritable pour se consacrer au commerce de l’art et oublier celui qui leur a tout appris.
L’apparence facilité de lecture donne la construction du roman autour de ce contrepoint a permis la réalisation dès 1990 d’une adaptation cinématographique,
TOI QUI ES AUX CIEUX, qui continue à être régulièrement diffusé sur les chaînes de télévision bulgares. Mais que l’on ne s’y trompe pas : rien de romantique ou de suranné dans cette dichotomie entre vie et art, matériel et spirituel, amour et envie, qui se trouve renouvelée grâce à l’écriture même de Paskov.

 

Bonne lecture.

Claude

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Ballade pour Georg Henig, de Victor Paskov, traduit du bulgare par Marie Vrinat. Ed. l'aube