Cette nuit, je l’ai vue
de Drago Jančar

 

Véronika Zarnic est une jeune bourgeoise slovène, elle est mariée à Léo, un homme d’affaires. Ils forment un beau couple, peu conventionnel dans le monde difficile d’avant la seconde guerre mondiale. Ils sont libres, ils veulent vivre comme bon leur plaît, ce ne peut être malheureusement que la pire chose à faire dans ces heures sombres qui précèdent le déchaînement de folies qui va s’abattre sur l’Europe.

En janvier 1941, ils disparaissent, personne n’aura plus jamais de nouvelles, ni ne les reverra, si ce n’est qu’en rêve.

Pourtant 5 personnes se souviennent, chacune d’elles de sa place. 5 personnes qui nous permettent de découvrir qui ils étaient, surtout Véronika, mais à travers elle nous découvrons également Léo. À travers leurs témoignages, ils nous révèlent ses différentes personnalités, sa vie, ses espoirs, ses choix avec en filigrane l’histoire de la Slovénie.

 

C’est Magistral ! Je n’ai pas d’autre mot que celui de la quatrième de couverture !! J’ai été émue de la première à la dernière  page. C’est un livre d’une grande finesse, très subtil, et surtout Drago Jančar ne tombe jamais dans le mélodramatique. Peu à peu on découvre qui était cette femme, c’est comme si chapitre après chapitre on lui enlevait une épaisseur de mystère. C’est très beau, et à commencer quand on a du temps, parce que personnellement je l’ai lu en une fois.

Il y a deux semaines que j’ai lu ce livre, et j’aurai dû faire le billet à la suite car le livre est bien mieux que ce que je vous en écris !!!
Claude

Première page

Cette nuit, je l'ai vue comme si elle était vivante. Après avoir traversé la baraque, elle s'est avancée entre les châlits où ms camarades respiraient calmement dans leur sommeil. Elle s'est arrêtée à ma hauteur, m'a regardé un moment l'air pensif, un peu absent, comme toujours lorsqu'elle ne pouvait pas dormir et qu'elle errait dans notre appartement à Maribor, elle s'est arrêtée devant la fenêtre, s'est assise sur le lit, puis elle est retournée vers la fenêtre. Qu'y a-t-il, Stevo? a-t-elle dit, toi non plus, tu ne peux pas dormir?

Sa voix était sourde, grave, presque masculine, légèrement voilée, absente comme son regard. J'ai été surpris quand j'ai reconnu sa voix, si distinctement sienne, qui s'était perdue avec les années quelque part dans le lointain. Sa silhouette, je pouvais la faire réapparaître à tout moment, ses yeux, ses cheveux, ses lèvres, oui, son corps aussi qui s'était tant de fois écroulé, essoufflé, à mes côtés, mais je ne parvenais plus à entendre sa voix; quand on ne voit pas quelqu'un pendant longtemps, c'est sa voix qui disparaît la première, son timbre, sa couleur et son intensité. Il y a très longtemps que je ne l'avais pas vue, combien de temps? au moins sept ans, me suis-je dit. J'ai frissonné.

Cette nuit, je l’ai vu de Drago Jančar, traduit du slovène par Andrée Lück—gaye. Éd. Phébus Littérature étrangère.

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