La femme qui attendait
d’Andréï Makine

Un jeune homme* part pour un certain temps dans l’extrême Nord de la Sibérie. Il doit recueillir les vieilles coutumes et traditions dans les villages les plus reculés avant qu’elles ne disparaissent à jamais.

Dans le village où nous le suivons, il ne reste que des vieilles personnes, et, une femme, Véra. Il est subjugué par cette femme de 46 ans, et ne comprend pas pourquoi elle reste seule au milieu de nulle part pour aider les oubliés. Il la voit jour après jour, par tous les temps, aller chez les uns et les autres. Il la suit, et finit par lui parler et à apprendre la raison de sa présence dans ce lieu austère et abandonné de tous.

Quel beau roman ! L’auteur nous transporte au fin fond de la Sibérie, nous le voyons évoluer, nous pourrions presque avoir froid par cet hiver sibérien !!! Il prend le temps de mettre en place le tableau, le lieu, les personnages… puis son attirance pour Véra devient de plus en plus puissante, la femme demeure jusque la fin du livre mystérieuse… mais là, il faut le lire.

Les grandes questions sur l’amour sont très habilement amenées. Alors que pendant tout le livre nous nous interrogeons sur la fidélité, le refus d’admettre…, la fin ouvre sur d’autres perspectives et explications.  L’amour, la mort, la peur de l’amour, la peur ou l’envie de passer à d’autre chose, tant de questions sans réponses pour lesquelles nous seuls avons nos propres réponses.

J’ai lu ce livre depuis quelques semaines, je peine à faire mes billets, il fait bien trop chaud pour moi, je suis une femme de l’Ouest et pas du Sud !!! Ceci explique que le billet soit assez succinct, mais la première page parle d’elle-même.

Claude

Première page

« Une femme si intensément destinée au bonheur (ne serait-ce qu'à un bonheur purement physique, oui, à un banal bien-être charnel) et qui choisit, on dirait avec insouciance, la solitude, la fidélité envers un absent, le refus d'aimer... »

J'ai écrit cette phrase à ce moment singulier où la connaissance de l'autre (de cette femme-là, de Véra) nous semble acquise. Avant, c'est la curiosité, la divination, la soif d'aveux. La faim d'autrui, l'attirance pour ses souterrains. Puis, une fois son secret déchiffré, viennent ces mots, souvent prétentieux et catégoriques, qui dissèquent, constatent, classent. Tout devient compréhensible et rassurant. Peut alors débuter la routine d'une liaison ou d'une indifférence. Le mystère de l'autre est apprivoisé. Son corps est réduit à une mécanique charnelle, désirable ou non. Son cœur, à un inventaire de réactions prévisibles.

En fait, à ce stade, une sorte de meurtre se produit car nous tuons cet être infini et inépui­sable que nous avons rencontré. Nous préférons avoir affaire à une construction verbale plutôt qu'à un vivant...

La femme qui attendait d’Andreï Makine. Éd. Points.

 

*. Est-ce Andreï Makine ?, à la lecture j’ai décidé que oui.

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