Poussière d’homme
de David Lelait
 

On ne ressort pas indemne de cette lecture. Les mots sont justes, les mots sont forts, comme l’amour. Il est très difficile de mettre les bons termes sur une perte, sur la mort de celui ou de celle que l’on aime.
Dans ce livre, David Lelait met noir sur blanc la peine, la colère, la détresse qu’il a pu ressentir lorsque l’homme qu’il aime est mort.

L’écriture est magnifique, poétique et violente comme les sentiments. Ils claquent, ils nous hurlent aux oreilles comme le désespoir.Jamais, il ne tombe dans le « voyeurisme », il est sobre et sincère. C’est un merveilleux hommage à son amour. Deux semaines après l'avoir lu, j'y pense encore beaucoup.

 Claude

Première Page

Ce dimanche 3 avril, au soir, tes jours d'homme m'ont filé entre les doigts. Au presque commencement de ma vie, je t'ai perdu, toi avec qui je voulais la finir. Nous avions oublié d'être mortels, le temps nous a rattrapés... La voix blanche et la colère noire, j'ai eu beau t'appeler, tu étais déjà parti, loin. Ta vie, minus­cule tourbillon de quelques lunes et soleils, cessait là de tournoyer, sur le rivage carrelé blanc et glacé d'un hôpital. Un an sans toi, il y a trop longtemps, il y a si peu. Mais l'absence se rit du temps, elle déchire les calendriers, dérègle les horloges, rend folles leurs aiguilles. L'absence est un compagnon fidèle qui ourle désormais mes chemins d'exilé.

Je fais le rêve que l'on nous redonne quelques ins­tants, une poignée d'heures d'une toute petite nuit, ravies entre le tomber d'un jour et le lever d'un autre. Ce ne sera qu'un infime moment, juste de quoi refermer les portes de notre vie ensemble, nous serrer une der­nière fois l'un contre l'autre avant que nos corps ne volent en éclats. Une minuscule escale pour rattraper ce temps échappé, arraché, et te dire l'après-toi, le sans‑

toi, la béance à chaque seconde de mes jours, la dou­loureuse colère depuis ta vie suspendue, l'amour de toi qui me cogne au-dedans sans jamais plus te parvenir.

Tu t'enfonces dans le sofa sans forme du salon, je t'y rejoins et me replie au creux de toi. Ton souffle caresse ma nuque, tes mains me parcourent et m'enser­rent. Nous buvons à la coupe de nos lèvres jointes. Ensemble encore quelques heures, pour une volée de mots, jusqu'à nos adieux, quand mes lèvres en seront à lâcher les tiennes pour frôler le vide, embrasser l’absence…

Poussière d’homme de David Lelait-helo. Éd. Pocket.

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