L’éternité n’est pas de trop
de François Cheng

Au XVIIe siècle, à la fin de la dynastie Ming, la Chine change, bouillonne, de grands chamboulements se profilent. La présence des premiers missionnaires jésuites fait partie des prémices.

Un homme, presque moine mais qui n’a pas encore désiré prononcer ses vœux s’apprête à quitter le monastère qui l’a accueilli des années auparavant. Il y fait office de médecin et de devin. Il a décidé de retrouver la seule et unique femme qu’il a aimée, il y a 30 ans. Un amour, où juste un regard avait suffi, mais qui l’avait conduit au bagne.

Tant de temps a passé, mais jamais il ne doute, et, il la retrouve, mal mariée, abandonnée, très malade… il est là, il lui prend la main et la soigne. Elle, elle se souvient du jeune violoniste emmené au bagne par l’homme qu’on l’obligeait à épouser.

C’est un très beau livre, c’est en quelque sorte une version de Tristan et Iseult chinoise. C’est un roman envoûtant, le récit d’une passion, que l’on suit, que l’on vit avec ses codes et ses interdits aussi précis que stricts.

Et puis au-delà de cette belle histoire d’amour, on découvre les coutumes du XVIIe siècle en Chine, et plus que tout encore pour moi, le lien si ténu entre l’être, la terre et l’univers.

Claude

Première page

Ce matin-là, comme prévu, Dao-sheng descend de la montagne.

Le soleil atteint déjà la cime des arbres. Nor­malement, il aurait pu partir plus tôt. Au monastère, tout le monde s'était levé dès le chant du coq; il a néanmoins tenu à effectuer certains actes quoti­diens. Après le petit déjeuner, il est allé d'abord tirer de l'eau du puits et ramener deux seaux d'eau pour les verser dans la grande jarre, à côté de la cuisine. Ensuite il a coupé du bois en bordure du potager, non sans avoir rangé soigneusement les bûches sous l'abri. Pour finir il a participé à la séance matinale de prières chantées en compagnie des moines taoïstes. A la suite de plusieurs décès, ceux-ci ne sont plus que sept; à l'exception de deux, relativement plus jeunes, les autres sont tous d'un âge certain. Qu'il ait accompli ces actes, c'est certes pour aider, mais bien plus mû par un senti­ment d'attachement. Au cours de son existence, il a eu à vivre successivement, et durant de longues années, dans deux monastères taoïstes, sans être pour autant devenu un moine consacré, il n'est donc pas encore parvenu à l’état de wu-qing (détachement total).

L’éternité n’est pas de trop de François Cheng de l’Académie française. Éd. Le livre de poche.

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J'ai mis ce roman en catégorie "roman chinois" même si François Cheng est naturalisé français depuis 1971. J'ai hésité, comme le thème du roman est la Chine j'ai tranché. Claude