Lazare, mon Amour
de Gwenaëlle Aubry

 

Ce petit livre est une pépite. Il est une interprétation formidable, intelligente de la vie de Sylvia Plath par rapport à son œuvre. C’est pertinent, et plein de bon sens. Vous savez que pour moi, Sylvia Plath est une des plus grandes poètes du milieu du XXème siècle. J’ai beaucoup lu sur elle, et, je trouve que ce livre a un petit quelque chose en plus. Pages 25/26

Elle a dit les deux, l'effroi et l'émerveillement, les gloires et les effondrements. Le 1er octobre 1958, elle écrit sa « Lettre à un démon ». C'est après une nuit d'insomnie, les « nerfs à vif jusqu'à la douleur », la paralysie, et puis d'un coup la peur qui se retourne en « pugnacité ombra­geuse ». Elle se dresse, elle écrit, elle s'adresse à son « moi assassin » : « je vais continuer et lui faire rentrer son nez dans la figure. » Elle l'at­trape, catch, elle a des armes : l'humour, la luci­dité, et aussi cet autre moi, le « bénéfique », celui qui aime «ciels et collines, idées, repas savou­reux et couleurs vives ». Et puis elle le connaît elle l'a repéré, son « vieux démon mélancolique » qui la fait « bégayer noir-blanc, noir-blanc »

 «C'est comme si ma vie était animée de manière surnaturelle par deux courants électriques, l'un positif et joyeux, l'autre négatif et désespéré, et qu'elle fût totalement engloutie par celui des deux qui domine à tel ou tel moment. »

En 75 pages, l’auteure retrace sa vie, et, nous fait partager les moments les plus intenses de la poésie de Sylvia Plath : son enfance, la mort de son père, sa mère possessive, sa première tentative de suicide, son travail, son mari, ses enfants, sa fin.

Je connais pourtant cette chronologie, mais dans ce livre, la poésie est incorporée de telle façon aux évènements de sa vie qu’elle prend encore plus d’importance.

Je suis également d’accord avec ce qu’elle écrit.  (Page 72) Elle a un courage insensé. Je ne suis pas sûre que Robert Lowell ait vu ça quand, dans sa pré­face à Ariel, il décrit cette blonde d'un mètre soixante-quinze venue s'asseoir un jour au fond de sa salle de conférences, et croit lire dans ses poèmes que « la vie ne vaut simplement pas le coup» : le courage insensé, la folle vitalité qu'il faut, quand la trame de la vie se défait et qu'on a tant joué avec la mort, pour résister si longtemps à la tentation d'essayer, une fois encore (« Ça y est, je l'ai encore fait/Tous les dix ans, c'est réglé,/Je réussis — »).

Si vous aimez Sylvia Plath, je vous conseille ce livre, vous retrouverez ses vers avec un bonheur profond.

Claude

Pour une fois, je ne mets pas la première page du livre, car j’ai aimé le texte de l’écrivain sur la quatrième de couverture.

4ème couverture.

Un jour on me demande d'écrire sur une autre, poète ou romancière, qu'importe, vivante ou  morte (plutôt). Et tout de suite ce nom s'impose: Sylvia Plath. Je relis ses textes hypertendus, électrifiés, je regarde ses pho­tos-caméléons. Je fais défiler ses masques, je bats les cartes de son tarot: la supernormal teenager et le Roi des abeilles, l'amante éblouie et la mère-épouse prisonnière de l'Amérique des fifties, les vierges folles, le rameau de heur, le vieux démon mélancolique, l'Oiseau de panique. À travers cette fragile image, cette icône suicidée, je cherche le point d'ajustement de l'écriture à la vie. Je cherche a comprendre ce que, par l'écriture, elle a sauvé de la vie et ce qui, de l'écriture, l'a sauvée elle aussi. Car je crois que Plath a été, dans les deux sens du terme, une survivante: pas seulement une qui est revenue d'entre les morts (Lady Lazare) mais aussi une qui a vécu a l'excès. »   G. A.

Gwénaëlle Aubry est l'auteur d'essais et de romanis, traduits en plusieurs langues, parmi lesquels Personne (Mercure de France),  pour lequel elle a reçu en 2009 le prix Femina Partages (Mercure de France, 2012) et Perséphone 20l4 (Mercure de France, 2016).

 

sp