Comme un vol d’hirondelle
de William Maxwell

Ce livre nous entraîne dans l’intimité de la famille Morison. Nous sommes à la fin de la première guerre mondiale, dans le Midwest américain. La famille a traversé la guerre sans trop d’encombre, la vie passe paisiblement. Le couple, Élisabeth et James ont deux enfants, l’aîné Robert, et le cadet Bunny. Élisabeth est le pilier de la famille, ils l’aiment, l’adorent, la protège chacun à leur manière. Cela se confirme lorsque dans les trois parties du livre, Bunny, Robert et James prennent la parole pour nous parler d’elle et de ce qu’ils vivent. Page 21. Maintenant, assis devant la fenêtre à côté d'elle. Bunny était également dépendant. Toutes les lignes et les surfaces de la pièce convergeaient vers sa mère, si bien que, lorsqu'il regardait le dessin du tapis, il le voyait nécessairement en relation avec le bout de son soulier. Et, d'une certaine façon, il dépendait plus de sa présence que des feuilles et des fleurs. Car telle était la nature des choses qu'il possédait d'assumer leur aspect réel et aussi de se transformer parfois en cheva­liers, en croisés, en aéroplanes ou en procession d'élé­phants. Si sa mère descendait en ville pour y couper des pansements destinés à la Croix-Rouge (si bien qu'à son retour de l'école il était obligé de jouer tout seul), il n'était jamais sûr que la transformation se produirait. Il pouvait pousser ses billes sur les dessins compliqués et anguleux d'un tapis d'Orient pendant des heures et elles resteraient à jamais des billes. Glissant la main at fond du sac, il en sortit une agate jaune qui devint le roi des Belges, Albert.

Page 160. Une fois les housses de la voiture étalées sur le sol et les provisions mises de côté, son père s'était avancé loin en aval pour pêcher des petits brochets et perches. Sa mère s'était installée sur une élévation de la berge où toutes les ablettes du ruisseau devaient venir, tôt ou tard, mordre à sa ligne. Bunny, assis tout près de là dans les racines d'un vieil arbre, laissait le poisson mordiller l'appât sur son hameçon tout en rêvassant. Et Robert avait remonté le courant jusqu'un pont d'où il pouvait lancer sa ligne sans qu'elle se prenne dans les branches.

Sa mère lui souriait béatement de la rive oppo­sée. Et il lui semblait qu'elle souriait aussi au ciel, au ruisseau, aux feuilles jaunes qui tombaient, parfois en grappes, et partaient emportées par le courant sous les berges où elles resurgissaient plus loin.

L’armistice est signé, Élisabeth est enceinte, ils pourraient couler des jours heureux, mais cela aurait été sans compter sur l’épidémie de grippe espagnol qui touche les États-Unis et qui s’engouffre dans leur maison comme un vent destructeur. Elle n’épargne pas la famille, tous sont malades, elle fait éclater en 1000 morceaux l’équilibre de leurs vies. Ils se retrouveront seuls face et dans le deuil de l’être cher, face à leurs chagrins, à leurs regrets. Ils leurs faudra chercher le chemin au fond de leurs cœurs pour faire face, continuer leurs vies et pour se trouver.

« Comme un vol d’hirondelles » fait partie de ces livres que l’on n’a pas envie de quitter. Les personnages sont attachants, par leur pudeur et leurs maladresses. J’ai beaucoup aimé les descriptions du regard de chacun sur l’autre. C’est un très bel hommage à l’amour filial, et à la vie.

Claude

Première page

Bunny ne se réveilla pas tout de suite. Un bruit (de quoi, il n'en savait rien) heurta la surface de son sommeil et coula comme une pierre. Son rêve se dissipa, le laissant abandonné, conscient, sur son lit. Il se retourna, désorienté, et se retrouva face au plafond.

Un tuyau avait éclaté l'hiver précédent et, maintenant, apparaissaient sous le plâtre les contours d'un lac jau­nâtre. Tandis qu'il le contemplait, le lac se transforma en oiseau avec un plumet sur la tête et une queue en éventail. Ces changements s'étant interrompus, ses yeux glissèrent le long du papier bleu et blanc tapissant le mur vers l'autre lit où dormait Robert. Ils s'attardè­rent un instant sur les lèvres entrouvertes de Robert, sur son visage détendu et noyé de sommeil.

Il pleuvait.

Au-dehors, les branches du tilleul se relevaient et ployaient dans le vent, se relevaient et ployaient. Et les feuilles de novembre tombaient sur le sol.

 

Comme un vol d’hirondelles, de William Maxwell, traduit de l’américain par Henri Robillot. Éd. Cambourakis.

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