Les fugueurs de Glasgow
de Peter May

     Quel polar sympa ! J’aime souvent les livres de Peter May, pas tous mais celui-ci, fait partie de mes préférés avec la trilogie Écossaise.

     En 1965, 5 amis, Jack, Maurie, Dave, Lucke et Jeff fuguent de Glasgow à Londres, en prenant en chemin la cousine de l’un d’eux. Ils ont un groupe, ils veulent faire de la musique, être célèbres. Ils vont rencontrer un homme qui va les héberger contre des petits travaux, et ils vont découvrir la vie de bohème dans le Londres des années 60, la drogue, l’alcool, la décadence liés au milieu de la musique. 3 seulement reviendront chez leurs parents, avec comme seul bagage leurs illusions perdues à jamais.

     En 2015, un meurtre horrible fait la une des journaux de Londres. Jack, dont les 17 ans sont loin, reçoit un message de Maurie qui lui donne un rendez-vous dans un hôpital. Cela fait 50 ans qu’ils ne se sont pas revues, Maurie est en train de mourir, il a entendu parler du crime de Londres, l’homme du journal a été 50 ans auparavant accusé d’un crime et Maurie a la preuve qu’il était innocent. Il veut avant de mourir lui rendre justice, et pour cela il veut retourner avec Jack et Dave (le troisième compère) à Londres et finir le voyage et enfin faire table nette des événements terribles qui se sont passés lors de leur fugue.

     Ainsi, 50 ans après, 3 vieux écossais reviennent sur les pas de leur adolescence, ils ne croient plus en une vie meilleure, ils sont soit mourant, alcoolique ou tout simplement vide d’illusions. Le voyage s’annonce très difficile, d’autant que Maurie ne leur a pas vraiment dit comment se passerait le voyage une fois arrivée à Londres. Ils vont remonter le temps, le remonter jusqu’à cette nuit terrible où ils ont vu mourir deux hommes et disparaître pour toujours la fille qui les accompagnait.

     Il emmène avec eux le petit fils de Jack, un grand gaillard perdu dans le monde d’aujourd’hui et les jeux vidéo.

     C’est un livre passionnant, de la première à la dernière ligne. Peter May nous tient en haleine jusqu’aux derniers mots. Il sait raconter Londres des années 60, on sent le vécu…

     Le livre est rythmé par le passage successif du passé au présent. Souvent dans ce genre de style, il y a toujours une période que je préfère, mais ici ça n’a pas été le cas, et c’est cela aussi le grand talent ! Je me sentais bien dans les deux époques.

Claude

Prologue (première page)

Londres

Glacé, trempé de sueur, il émerge d'un rêve fait d'obscurité et de sang. Après toute une vie passée à être quelqu'un d'autre, dans un autre pays, il se demande qui il est à présent. Cet homme qui, il le sait, s'efface bien trop tôt. Une vie gâchée pour un amour perdu. Une vie qui semble avoir défilé en un clin d'œil.

Les trois semaines passées depuis son retour sur ces rivages lui ont paru être les plus longues de sa vie. C'est étrange comme la dou­leur et la peur font s'étirer le temps au-delà de l'imaginable, tandis que la recherche du bonheur s'achève presque avant d'avoir débuté. Et d'un passé depuis longtemps oublié, perdu dans la poussière de craie et le lait chaud, resurgit un souvenir évoquant la relativité. Pose ta main sur un poêle brûlant pendant une minute et cela te paraîtra durer une heure. Tiens compagnie à une jolie fille pendant une heure, et l'instant filera en une minute.

Il a fait le voyage en bateau. Une traversée en ferry depuis Calais. À l'image de ce jour lointain, quand il avait barré son embarcation dans la brume printanière, cap sur une côte étrangère. Il y avait eu cet instant, à la police des frontières. Son cœur s'était presque arrêté quand l'agent de l'immigration avait ouvert son passeport pour y jeter un coup d'œil blasé. Bien sûr, plus personne ne le recherchait.

 

Premier chapitre page 16

Glasgow

I

Jack descendit du bus un peu avant la fin de Battlefield Road et regarda avec appréhension le ciel qui s'assombrissait. Il contempla la silhouette lugubre et menaçante de l'hôpital universitaire Victoria qui escaladait la colline surplombant le champ de bataille où Mary, reine des Écossais, avait été vaincue par Jacques VI, et il sentit son sang se glacer.

Il savait qu'en vérité, il n'avait plus besoin de sa canne. L'essentiel de ses forces était revenu et le pronostic établi suite à son infarctus, mineur, du myocarde était favorable. Le régime qu'il suivait avait fait baisser son cholestérol de manière significative et, d'après les médecins, sa promenade quotidienne lui ferait plus de bien qu'une heure à la salle de sport.

Toutefois, il avait pris l'habitude de compter sur elle, comme sur un ami de longue date. Il appréciait la sensation de la chouette en laiton lovée au creux de sa paume, rassurante et fiable. Immuable, contrairement à ce qui l'entourait.

Les fugueurs de Glasgow de Peter May, traduit de l’anglais par Jean-René Dastugue. Éd. Rouergue noir.

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