La mort a chevauché hors de Perse
de Péter Hajnoczy

 

    L’homme adulte raconte le jeune homme qu’il était. Plus précisément, le jeune qu’il était et l’homme qu’il est encore : en couple avec une femme et l’ALCOOL.

    Les deux femmes ont le même but, celui d’essayer de sauver leur histoire d’amour que l’alcool met en danger. Il les entraîne dans ses ruses, ses mensonges pour essayer de conserver et la femme et l’alcool. Jeune ou adulte, ses réactions sont les mêmes, même s’il se dit qu’il veut décrocher, son addiction reste la plus forte, au point où l’on se demande s’il a    vraiment envie de l’arrêter. Mais cela, je crois qu’il faut avoir une addiction pour le comprendre.

Page 43. En même temps, il croyait tout et son contraire. Il se décida pour une action brutale et déterminée ; il se leva, se tourna vers le soleil et, en cachette, prit les cigarettes et les allumettes dans sa main. Excuse-moi, dit-il à Krisztina, j’ai une espèce de gastroentérite, il faut que j’aille quelque part, je reviens tout de suite. Il avait aussi de l’argent sur lui, un billet de vingt forints caché dans son paquet de cigarette ; avec cela, il boirait deux bières.

Page 55. Le garçon était bien conscient que sa situation n’avait rien d’encourageant, surtout depuis qu’il avait bu de la bière. Il était également conscient d’avoir perdu toute son assurance après l’hiver à Rakoscsaba. Il était devenu lâche, il se comportait comme un mendiant devant les femmes, et cela, manifestement, Krisztina l’avait senti. En effet, il ne lui serait jamais venu à l’esprit auparavant de se demander ce qu’une femme pouvait penser de ce qu’il boive ou qu’il fume. Il buvait ouvertement et non pas en cachette, dans son coin, en racontant des mensonges. A cette époque-là, il n’était dépendant des caprices d’aucune femme et il acceptait les faveurs de n’importe quelle femme comme allant de soi –par exemple, le fait de coucher avec elle ; il n’accompagnait aucune femme pour une visite à l’hôpital et il ne faisait pas non plus la roue devant sa tante ; c’était une sorte de beau gosse plein d’entrain qui pouvait choisir à sa guise parmi les femmes.

    Ma manière de résumer le livre  peut sembler succincte, mais il va beaucoup plus loin. En le lisant, on ressent à quel point les addictions peuvent mener des vies, à quel point elles peuvent tout dévaster.

    J’ai apprécié le livre, j’ai un bémol, non pas par rapport à l’histoire et à l’écriture, c’est intelligent et passionnant, sinon le livre n’apparaîtrait pas sur mon blog. Non, mon souci vient de la quatrième de couverture. Je n’aime pas les éditeurs qui ne sont pas capables de résumer un livre sur leur 4ème de couverture et reprenne un passage qui ne reflète pas forcément le contenu. Dans ce cas précis, l’extrait qui est édité ne représente pas le livre, il laisse transparaître beaucoup plus de poésie qu’il n’y en a réellement dans le roman. En même temps, il est vrai qu’il résume très bien la vie de l’homme, mais pour que nous, nous le comprenions, il faut que nous ayons lu le livre, et nous ne pouvons pas en lisant cela deviner que nous partons dans l’histoire d’un homme qui n’arrive pas à combattre ses démons. 4ème de couverture.

Intuitivement, l'homme savait que la ville inconnue avait été habitée autrefois par des Perses et qu'elle avait été détruite par une guerre cent trente ans auparavant. Étincelantes sous le soleil, les ruines des maisons jaune moutarde revêtaient toute sorte de formes géométriques.

Tantôt l'homme trébuchait dans la poussière jaune au milieu des pierres jaunes, tandis qu'il essayait de traverser la ville pour rejoindre sa femme, tantôt il dominait à nouveau la ville, et se voyait en train de trébucher dans le labyrinthe des ruines. [...] Mais quelque chose lui disait qu'il ne pourrait jamais traverser la ville morte. Il trébucherait au milieu des murs jaunes jusqu'à ce qu'il s'écroule et qu'il meure.

 J’ai aimé le livre, malgré cela. Je suis toujours étonnée de ces façons de faire, ça s’appelle marketing, mais bon...

 

Claude

Première page

La voici la terrible page blanche, vierge, sur laquelle je dois écrire, pensa-t-il. Il allait déjà un peu mieux ; il essaya de se mettre au travail.

De mi-juillet à fin novembre, à part quelques courtes interruptions, il n’avait pas dessaoulé, n’avait pas écrit une seule ligne. Avant cela, il s’était trouvé embarqué dans  une relation bizarre et équivoque –que quelqu’un de l’extérieur aurait pu à juste titre juger insensée – avec une fille de dix-neuf ans. De plus, l’histoire les avait sérieusement affectés, surtout sa femme et lui ; la fille, elle, était sortie indemne de cet imbroglio.

A présent, il feuilletait les notes qu’il avait écrites durant la période où il se saoulait et les deux cent soixante-dix pages dactylographiées qu’il savait devoir jeter. Tout au plus, pourrait-il en conserver un ou deux paragraphes et quelques phrases.

« Trois années de travail. »

Il ne se désolait plus pour le temps gaspillé, il ne faisait que constater les faits. Il jetait des choses du genre :

« J’ai apporté sept bouteilles de bière Steffl et deux bouteilles de vin blanc léger, et comme par distraction, j’ai ouvert deux bouteilles de bière, j’ai rempli deux verres, j’en ai placé un devant ma femme sur la table. A. a bu la bière et, comme toujours, elle l’a bue avec plaisir comme quelqu’un qui, grâce à un compteur interne dissimulé dans son organisme, boit uniquement la quantité d’alcool qui lui fait du bien et n’est donc pas obligé de s’arrêter pour ne pas dépasser sa limite en buvant ne serait-ce qu’un verre de trop.

La mort a chevauché hors de Perse, de Péter Hajnoczy, traduit du hongrois par Charlotte Karady. Editions Vagabonde.

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