Emmanuelle Riva est décédée hier, je vous en parlais il y a peu de temps. J’aimais l’actrice, j’aimais la poète.

Claude

 

S’éteindre de sourires
être à ne plus finir
mon pauvre corps
je l’ai mis debout
à côté de moi
restes d’un beffroi
sur l’âme de la plaine

1986

 

Rêve de théâtre

Cheminement de tous les clochers
sur le ciel
guet-apens très doux
des aéroplanes
sur ton cœur
comme les hirondelles
que tu apprivoises
avec ton ombre

Tu peux t’éloigner
dans la magie
des fleurs nocturnes
tu peux prendre la tempête
pour amie
je serai ce lac de brume
à ton arrivée
ce lac de brume
et tu diras que tu aimes
toutes les lumières
de la  ville

____

 

L’amour se respire –
pour être, l’âme
est dans la ligne
de mire du corps

peut-être que je pleure
en dormant.
pour m’oublier moi-même
larmes inconnues
au réveil salé
des paupières

je brûle au centre d’un feu
qui ne change pas de place
ma fenêtre tourne
autour de la terre

je te vois tout près
le plein jour
est frappé de nuit
et moi, pulvérisée
en atomes de lumière.

-c’est l’été
la paix de l’été-

21 juin 2009

 

Le dernier village –dans la rue –

Les vieilles gens
c’est l’os du temps
de plus en plus
ils ont en moins

ils ressemblent
aux trembles
de l’hiver des jardins

le regard
est en retard
étang miroir
réservoir à la soif des bêtes

les dents espacées du sourire
hersent les souvenirs

Dieu récolte
des restes de peau fanée
plus douce que le silence

 

(nuit du 10 au 11 décembre 2010)

 

Poèmes extraits de « C’est délit-Cieux » Emmanuelle Riva. éd. bayard

 

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