Le chant des plaines
Les gens de Holt

de Kent Haruf

    Après avoir lu, «les âmes la nuit », je ne savais pas trop quoi penser de l’écriture de Kent Haruf. J’avais beaucoup aimé l’histoire, mais je crois que j’avais besoin de lire autre chose de lui pour me faire une idée plus précise. Donc, j’en ai lu deux !!!!

    Dans le chant des plaines et sa suite Les gens de Holt, il nous montre tout son talent. Il décrit de manière remarquable et pleine d’attachement ses personnages. On vit avec eux, on ressent ce qu’ils ressentent, il sait nous faire éprouver leurs émotions cachées, par de petits riens, mais les petits riens qui font la vie. Son écriture est emprunte de poésie, elle nous submerge par moment. Il ne s’arrête pas seulement sur les personnages hauts en couleurs, il nous fait rencontrer des gens simples, des gens du quotidien qui travaillent durs dans cette Amérique profonde. Et il trouve les mots exacts pour le faire. C’est très beau.

    Dans les deux livres, nous sommes à Holt, ville imaginaire du Colorado. Une jeune fille de 16 ans, Victoria Roubideaux, apprend qu’elle est enceinte, dès lors sa mère la met à la porte. Elle sera hébergée par deux frères, les frères McPheron. Vieux agriculteurs, bougons, taiseux, qu’elle saura apprivoiser, pour leur bien à tous les trois. C’est drôle par  moment, j’ai aimé la sensibilité de ces deux hommes. Ils  prennent soin d’elle, ils l’accueillent mais cela va plus loin, ils lui donnent une famille, et ils deviennent les hommes les plus importants de sa vie, ceux qui l’ont sauvé. Pages 196-197.

-   Oh elle a assez mangé. C’est juste que c’est une petite mangeuse.
- Je sais pas si c’était assez. Elle a à peine touché à ce que je lui ai donné. Il a fallu que je file presque tout au chien.
-   Il l’a mangé ?
-   Qui ?
-   Le chien, il l’a mangé ?
-   Pourquoi diable tu m’demandes ça ? Sûr qu’il l’a mangé.
-   Eh bien, dit Harold. Il regardait à nouveau en haut, scrutant son frère par-dessus le haut du journal. Tout l’monde aime pas son bifteck couvert de poivre noir.
-   Qui tout le monde ?
-   Victoria, peut-être.
Il se pencha à nouveau sur son journal et Raymond s’installa à table, le regardant. Son visage prit un air troublé et figé, comme s’il avait été surpris au milieu d’un geste soudain et inquiétant. 
-   Tu crois qu’elle aime pas ma cuisine ?
-   Je saurais pas dire, fit Harold.
Le vent soufflait et hurlait. La maison gémissait.

Une heure plus tard, Raymond se leva de table.
-   Je n’ai pas réfléchi à ça, dit-il.
-   Réfléchi à quoi ?
-   A poivrer ou pas son steack.

Il y a aussi, Guthrie, avec ses deux jeunes garçons, il est prof de lycée, et sa femme est en train de partir.

Dans le premier livre, ces 6 personnages, vont avancer pas à pas, vers un avenir meilleur.

Puis, nous les retrouvons dans le second, un des frères est décédé, Victoria et sa fille Katie, reviennent de la fac pour aider celui qui reste. Mais rien ne sera plus comme avant. Il faut aller vers d’autres vies, que l’on s’appelle McPheron, Victoria Roubideaux, Guthrie, et d’autres encore.

    Nous sommes dans l’Amérique profonde, Kent Haruf connaît son sujet, il a les mots, il a su créer les personnages pour nous faire rentrer dans cet univers qui je crois est profondément fermé lorsque l’on vient de l’extérieur. Cela nous donne un roman puissant, qui peut donner une impression de simplicité bien trompeuse.

Claude

 

Première page (Le chant des plaines)

Guthrie

Cet homme était là, Tom Guthrie, à Holt, debout devant la fenêtre de sa cuisine, fumant des cigarettes et contemplant son arrière-cour où le soleil venait juste de paraître. Quand le soleil atteignit le haut de l’éolienne, il observa ce que cela faisait, ce rougeoiement croissant du soleil levant sur les pales d’acier et l’ailette au-dessus de la plate-forme de bois. Au bout d’un moment il posa sa cigarette, il monta à l’étage, passa la porte close derrière laquelle elle reposait, dans la chambre d’amis obscure, assoupie ou pas, et il enfila le couloir menant à la pièce tout en verre dans laquelle les deux garçons dormaient, au-dessus de la cuisine.

 

Première page (Les gens de Holt County)

Ils revinrent de l’écurie dans la lumière oblique du petit matin. Les frères McPheron, Harold et Raymond. De vieux bonhommes s’approchant d’une vieille maison à la fin de l’été. Ils remontèrent l’allée de gravier, dépassèrent le pick-up et la voiture garés le long de la clôture et franchirent l’un après l’autre le portail grillagé. Au pied du perron, ils raclèrent leurs bottes sur le grattoir enfoncé dans le sol, la terre autour complètement tassée et lustrée et mêlée de fumier, puis gravissant les marches en bois jusqu’à la véranda vitrée ils pénétrèrent dans la cuisine où la jeune Victoria Roubideaux, dix-neuf ans, assise à la table en pin, faisait manger des flocons d’avoine à sa petite fille.

    Dans la cuisine, ils ôtèrent leurs chapeaux, les accrochèrent à des pitons fixés dans une planche à côté de la porte et gagnèrent aussitôt l’évier pour se débarbouiller. Leurs figures étaient rouges et burinées sous leurs fronts blancs, et sur leurs têtes rondes leurs cheveux rêches désormais gris argent étaient aussi raides que les crins d’un cheval.

 

Le vent des plaines de Kent Haruf, traduit de l’anglais (Etats-unis) par Benjamin Legrand. Ed. Robert Laffont – Pavillons poche.

Les gens de Holt County de Kent Haruf, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff. Ed. Robert Laffont – Pavillons poche.

 

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9782221145999