Ours
de Marian Engel

 

Une femme Lou, archiviste passe son temps dans le sous-sol des archives. Elle a conscience qu’elle y étouffe, qu’elle s’y est enterrée de son plein gré, mais ne trouve pas la force nécessaire pour s’en extraire. Un jour pourtant, le directeur de l’Institut où elle travaille l’envoie dans une île pour y faire un inventaire. En effet, un colonel a légué à l’Institut sa maison et tout ce qu’elle comprend. Elle pourra y vivre tout le temps que durera l’inventaire. Elle accepte le travail, et se retrouve ne pleine nature, sur une île, dans une splendide maison, loin de tout, avec pour seul moyen de locomotion un bateau, et comme seul compagnon, un ours.

Pages 28/29. Passé le coude, il montra la maison du doigt, et elle la vit, toute blanche, se découper contre le ciel sombre. Elle respira profondément et attendit ; puis, quand ils furent à proximité de la jetée, elle reçut la confirmation de son intuition : la maison était un octogone classique de Fowler.
- Seigneur ! fit-elle.
- Pas mal, hein ?
- On n’en parle pas dans les ouvrages de référence. Il existe un répertoire des maisons de ce style.
- Oh, nous sommes plutôt sur nos gardes, par ici. Personne ne connaît l’existence de cette maison à moins de se balader en bateau ; et ceux qui l’ont vue n’en parlent pas. Nous envoyons les touristes s’extasier devant la maison où Longfellow est censé avoir écrit son fameux poème indien, là-bas, en bordure du grand chenal. Celle-ci a plus ou moins sombré dans l’oubli, et ici, ça nous convient. Attendez de remonter seule la rivière par un beau matin de juillet. Vous verrez, elle n’a pas son égal.

 

Page 34
Elle allait rentrer dans la maison, car il faisait nuit, elle était fatiguée, elle avait froid, mais Homer demeurait là à l’observer, se balançant d’un pied sur l’autres, mal à l’aise. Elle se demanda s’il s’apprêtait à la toucher ou à la sermonner. Elle avait envie de rentrer et de s’installer. La journée avait été longue ; elle devait réfléchir à des tas de choses. Elle avait hâte de s’y mettre.
- Est-ce qu’on vous a parlé de l’ours ?

Je n’en dirai pas plus. Pour lire ce livre, ceci suffit, et pour une fois, ceci a été respecté sur la quatrième de couverture, ce que je salue ! Ce livre, il faut le découvrir, ce ne serait pas bien d’en savoir plus. Vous n’apprécieriez peut-être pas autant son écriture, qui est ma foi très belle. Même si l’histoire est surprenante, le livre est bien construit, il y a des moments de pure poésie, comme lorsqu’elle se promène dans la maison, et il y a des moments très drôles aussi.

Pour ma part, j’ai pris le livre tel quel, je ne me suis pas posée de questions. Il y a peu de temps que je l’ai terminé, aussi je reviendrai peut-être compléter ce billet.

Claude

Première page

En hiver, elle s’enterrait comme une taupe dans son bureau, au milieu des cartes et des manuscrits. Elle habitait tout près de son lieu de travail et faisait ses courses en se hâtant d’un refuge à l’autre par le tunnel de l’hiver, ne perdant pas une minute. Elle n’aimait pas le contact de sa peau avec l’air glacial.

Son bureau, au sous-sol de l’Institut, jouxtait la chaufferie, ses murs étaient tapissés de rayonnages rassurants de livres, de classeurs en bois et, brunies dans leurs cadres, de photos très vieilles et inattendues : un certain général Booth dans la ville natale de quelque grand-mère, une vue aérienne de la France, prise  en 1915, des groupes d’athlètes et de sapeurs ; on les lui confiait, car on savait qu’elle en prendrait  soin, que c’était son travail de les conserver.

Ours de Marian Engel, traduit de l’anglais (Canada) par Marie-José Thériault. Editions 10/18 – domaine étranger.

41Q-39Vz0bL