Au revoir, à demain
William Maxwell

Dans les années 1920, William est un jeune garçon solitaire, sa mère vient de mourir. Il se lie d’amitié avec un le jeune Cletus, un garçon de son âge. Une amitié silencieuse s’installe jusqu’au jour où le père de Cletus est accusé du meurtre de l’amant de sa femme. La vie les sépare alors. Ils ne se croiseront que 2 ans plus tard. Mais est-ce par pudeur ou par peur de réveiller le passé, William ne saluera pas Cletus, se disant qu’il lui parlerait un peu plus tard. Mais ce plus tard ne vint jamais, car il ne le revit pas de sa vie.

Jamais William ne se pardonnera cet instant, il le hantera toute sa vie. page 85. Si, en cet instant précis, je savais où se trouve Cletus Smith,  j’irais immédiatement lui expliquer. Ou essayer de lui expliquer. Il est possible, voire infiniment probable, que j’aurais aussi à lui expliquer qui je suis. Et qu’il n’aurait aucun souvenir de ce moment qui me tourmente depuis des années. Lui eut à vivre des épreuves autrement cruelles. Il  pourrait bien s’avérer que cette démarche, je l’aurais faite pour moi plus que pour lui.

Par ce livre, il reprend le fils de ses souvenirs, son vécu, celui de Cletus et l’histoire de ses parents par qui le drame arriva.

Ce roman est rempli de pudeur, William Maxwell explore ses tourments, ses vérités et ses sentiments, tout autant que les nôtres.

Il a su parler du regret, du remord et du mal que l’on a à se pardonner nos actes manqués. L’émotion est présente à chaque page, William Maxwell est maître dans la description des sentiments. J’ai beaucoup aimé ce livre, tout comme j’avais aussi beaucoup aprécié « Comme un vol d’hirondelle ».

Claude

Première  page

1.      COUP DE FEU

La gravière se trouvait à environ un kilomètre et demi à l’est de la ville. Elle avait la taille d’un petit lac et une profondeur telle que les garçons de moins de seize ans se voyaient interdire par leurs parents d’aller s’y baigner. Je ne connaissais l’endroit que par ouï-dire. Les gens parlaient d’un trou sans fond et comme, à l’époque, je m’intéressais beaucoup à l’idée que, à condition de creuser verticalement et suffisamment longtemps, on devait forcément se retrouver en Chine quel que soit le point de départ choisi, je prenais cette affirmation au sens le plus strict du terme.

Un matin d’hiver, peu de temps avant l’aube, trois hommes qui se trouvaient là pour charger du gravier entendirent ce qui ressemblait à un coup de feu. Ou à l’explosion d’un pot d’échappement, convinrent-ils aisément. En quelques secondes le jour s’était levé. Or, ils ne virent personne arriver à la sablière par le champ adjacent et nulle silhouette ne se profilait sur la route. Le bruit ne pouvait donc pas venir d’une voiture.

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