Tant qu’il y a de la vie
de Renate Dorrestein

 

Gwen, Beatrijs et Véronica sont amies depuis le collège. Depuis qu’elles sont mariées, elles passent une semaine chaque été chez Gwen et Timo, son mari.

Les années passent, Gwen et Timo ont deux fois des jumelles et une petite dernière cette année. Beatrijs est mariée, elle n’a pas d’enfant, elle aime sortir, elle aime le luxe. Véronica est mariée à Laurens, ils ont deux garçons.

Les enfants grandissent, leur amitié se renforce.

Mais cette année rien ne sera plus pareil. Véronica est décédée brutalement, et Laurens se sent complètement perdu avec les enfants. Puis, Gwen vit mal le fait d’avoir eu une enfant unique, elle ressent un vide intérieur profond. Et enfin, Béatrijs vient de divorcer et elle vient passer les vacances avec son nouveau compagnon, voyant, Léandre et sa fille, une adolescente en pleine crise.

L’ambiance avec la venue de Léandre est tendue, mais lorsque la petite dernière disparaît lors d’un pique-nique, l’équilibre déjà instable, éclate. Culpabilité, inconscience, peurs, regrets toute la panoplie de sentiments explose en fonction du vécu de chacun. Seul Léandre et sa fille semblent restés égaux à eux-mêmes. Léandre bien entendu aide à rassurer les parents quant au devenir de la petite. Mais les liens sont brisés, et même si la petite réapparaît comme par miracle, la cassure est là.

Chacun fera son deuil à sa façon, Gwen de son bébé unique qu’elle a perdu de vue un instant, Beatrijs de sa nouvelle vie qui ne lui convient pas du tout, et Laurens lui affrontera enfin seul sa dernière soirée avec sa femme défunte.

J’aime bien cette auteure, j’ai lu plusieurs de ses livres. Elle a une approche psychologique très fine. Ce livre est émouvant, il est traité avec intelligence. Le cheminement se fait en fonction des personnages, avec leurs ressemblances et leurs différences. L’absence, le regret sont traités avec beaucoup de délicatesse. Les relations entre les personnages sont très  lucides, même si dans un premier temps, l’histoire de la disparition du bébé m’a paru superflue, mais en fait elle me le cadre.

L’amitié et le respect de ce beau roman sont les meilleures façons de surmonter les deuils.

Claude

Première page
Les cannibales
Au fond du jardin laissé à l’abandon, là où commençait le domaine des abeilles, les enfants s’étaient lancés dans un jeu endiablé dont ils inventaient les règles au fur et à mesure. Ils se poursuivaient, baignés de sueur, entre les arbustes s’élevant à  hauteur d’homme. Armés de cuillères en bois prises dans la cuisine, ils rossaient les branches  tombantes pour les écarter de leur chemin. Eraflures et piqûres d’orties leur couvraient les bras et les jambes.
Les quatre filles avaient l’avantage : elles connaissaient le terrain. Elles savaient exactement où passaient les chemins secrets et où trouver les meilleures cachettes. Les garçons de Laurens se voyaient régulièrement contraints d’interrompre la poursuite, jetant autour d’eux des regards désemparés, l’oreille tendue pour capter les fous rires réprimés derrière les buissons. Ils se tenaient par la main, hors d’haleine. Niels, le plus âgé des deux, ne cessait de rassurer son petit frère d’un ton fébrile. Nous allons gagner, tu sais. Nous allons gagner, c’est sûr.

Tant qu’il y a de la vie, de Renate Dorrestein. Traduit du néerlandais par Spiros Macris. Editions Belfond. Les étrangères.

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