Le jardin d’enfance
d’Élizabeth Von Arnim

 

La première édition du Jardin Allemand est parue en 1898. En 1900, Élizabeth Von Arnim a enrichi le texte de la journée du 11 novembre, pour des raisons de droits d’édition. Il semblerait qu’en 1984, lorsque son œuvre fut republiée ces 80 pages n’aient pas été reprises.

Pendant des années, les spécialistes d’Élizabeth Von Arnim ont étudié « le jardin d’enfance » comme une nouvelle plutôt qu’un ajout du livre.

Ce 11 novembre, retrace le récit d’un retour dans sa maison natale, où elle tente de retrouver le jardin de son enfance créé par son grand-père, un luthérien autoritaire. Page 69. Je vouais à mon grand-père une vénération mêlée de crainte. Jamais il ne prodiguait de caresses, et, comme beaucoup de ceux que nous vénérons, il avait souvent le sourcil froncé. C’était aussi, de l’avis général, un homme juste, un homme juste qui aurait pu devenir un grand homme s’il l’avait voulu, et prétendre à toute gloire, ou presque, accessible aux mortels. Qu’il ait refusé de suivre cette route était généralement considéré comme une preuve manifeste de sa grandeur. À l’évidence trop grand pour se contenter d’une grandeur banale, il restait drapé dans une dignité faite de discrétion et d’espérances.

Partie pour la journée sur un coup de tête, Élizabeth se retrouve dans l’immense parc, elle se souvient des endroits, des saveurs et sensations qu’ils représentaient. Page 40. Pendant deux jours je combattis le désir de partir qui s’était soudain emparé de moi, me répétant que « non-non-non » je n’irai pas, qu’y aller n’était pas seulement absurde mais indigne, sentimental, et pour tout dire stupide, que je ne les connaissais pas, que je ne les connaissais pas, que je me trouverais dans une position fausse, et qu’enfin j’étais assez grande pour savoir à quoi m’en tenir. Mais qui peut prédire ce qu’une femme décidera d’une heure à l’autre ? Et quand sait-elle à quoi s’en tenir ? Le troisième jour, de grand matin, je partis donc pleine d’espoir, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde que de tomber à l’improviste chez des cousins jusque-là constamment négligés et de s’attendre à en être reçue à bras ouverts. Mais, elle ne peut s’empêcher de constater des changements malheureux effectués par ses cousins, héritiers du domaine. Page 82. Tous les rosiers grimpants, dont la beauté paraît le mur, en avaient disparu. Mes cousins les avaient remplacés par des arbres fruitiers bien soignés, cloués à intervalles réguliers, et dans la plate-bande en contrebas, là où, du temps de mon père, on découvrait en ce mois de novembre les giroflées qui parfumeraient le mur au printemps, se pressaient maintenant en rang serrés des… - je me penchai pour en avoir le  cœur net - …oui, des radis ! Mes yeux s’emplirent de larmes. Ce fut probablement le seul exemple dans l’histoire de pleurs inspirés par des radis. Mon cher père, que j’ai tant aimé, avait en son temps passionnément chéri cette plate-bande, et passait dans l’admiration des fleurs qui y poussaient les rares moments de loisir d’une vie très active. Puis, une rencontre inattendue sous les traits d’une petite cousine de 12 ans, nommée Élizabeth, lui rappelle plus encore l’Élizabeth qu’elle était alors. Page 108. Perdue dans mes pensées, je secouais la tête d’un air de désapprobation profonde lorsqu’un bruit de petits pas pressés me fit sursauter juste avant de sentir un corps qui sortait du brouillard pour s’écraser violemment contre moi.
Ce corps appartenait à une petite fille d’environ douze ans.

Formidable livre pour les amateurs d’Élizabeth Von Arnim. Pour ma part, j’adore ! Ce matin, lorsque je l’ai terminé, je n’avais pas envie de quitter cette balade aux pays des souvenirs. Tous les livres d’Élizabeth von Arnim n’ont apparemment pas été tous traduits, j’ai hâte de trouver chez ma libraire un nouvelle opus ! Je reprendrais pour terminer les mots de François Dupuigrenet Desroussilles dans sa préface : « Nous pouvons surtout découvrir, très tôt dans la carrière d’Élizabeth, le jardin de mots d’un récit fantastique qu’on ne saurait comparer, dans la littérature anglaise du XXe siècle, qu’à certaines des plus belles pages de Virginia Woolf dans La Promenade au phare, autre récit d’un retour rêvé à la maison d’enfance – inaccessible objet du désir.

Cette balade dans le passé m’a fait revivre une journée un peu similaire, où je suis retournée sur un coup de tête, vous savez cette envie irrésistible qui vous pousse… dans la maison de mes 10 premières années. Le jardin, où j’avais passé des heures et dont je me souvenais était immense, plein de parterres de fleurs différentes, cernées d’allées où nous courions avec mes frères et sœurs. Ce jardin adoré, était devenu un tout petit parking ! Heureusement la maison ne semblait pas avoir rapetissée !

À bientôt,

Claude

Première page

Lorsque la grisaille de novembre s’en vint couvrir d’un long manteau de nuages bas et sombres le bistre des champs labourés, et l’émeraude éclatant des céréales d’hiver, cet alanguissement du temps me pesa et je fus prise du désir de retrouver les joies, les caresses, les consolations de l’enfance, et sa confiance rassurante dans l’infaillibilité des aînés. Un appétit de quiétude avait envahi mon âme fatiguée d’indépendance et de responsabilités.

Le jardin d’enfance d’Élizabeth Von Arnim, présentation et traduction de l’anglais et notes de François Dupuigrenet Desroussilles. Éditions Bartillat.

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