Hier soir, j’ai lu « I am not your negro », je n’ai pas vu le documentaire, mais cela ne tardera pas. Ce livre, James Baldwin en avait écrit 30 pages, mais il est mort avant de le terminer. C’est un témoignage très fort sur la place des noirs américains, aux Etats-Unis. Ce livre il voulait l’écrire aussi, pour parler de ses trois amis assassinés : Medgar Evers, Malcom X, et Martin Luther King.

Raoul Peck (scénariste, réalisateur, producteur de films et documentaires) est parti de ce début de livre, a rencontré des témoins, et en a fait un documentaire du même nom que le film.

Je vous laisse avec quelques pages de se magnifique ouvrage.

Claude

 

Page 90.
Débat à l’université de Cambridge – 1965 –

James Baldwin : Je me souviens, par exemple, du jour où l’ancien  ministre de la justice, M. Robert Kennedy, a dit qu’il était envisageable que dans quarante ans, en Amérique, on ait  un président noir. Et je suppose que cette affirmation a sonné aux oreilles des Blancs comme quelque chose de très émancipé. Ils n’étaient pas à Harlem la première fois que cette déclaration a été diffusée. Ils n’ont pas entendu (et sans doute n’entendront-ils jamais) les éclats de rire mêlés d’amertume et de dédain qui l’ont accueillie.
Du point de vue d’un barbier de Harlem, Bobby Kennedy a débarqué ici seulement hier et il est déjà en route vers la présidence. Il y a quatre cents ans que nous sommes ici et voilà qu’il vient nous dire que peut-être dans quarante ans, si vous vous tenez bien, on vous laissera devenir président.

Page 32.

 

images

C’est alors que j’ai vu cette photo.
Placardées sur tous les kiosques de ce grand boulevard parisien ombragé, les photos de Dorothy Counts, quinze ans, nous faisaient face.
La foule l’injuriait et lui crachait dessus alors qu’elle se rendait en classe, à Charlotte, en Caroline du Nord.
Une fierté, une tension et une angoisse indicibles se lisaient sur le visage de cette fille tandis qu’elle approchait du temple du savoir, les sarcasmes de l’Histoire dans son dos.

Cela m’a rendu furieux,
cela m’a rempli à la fois de haine et de pitié. Et j’ai eu honte.

L’un d’entre nous aurait dû être là avec elle.

 

Page 127.
Les noirs et la promesse américaine – 1963 –

James Baldwin : Je ne peux pas être pessimiste parce que je suis vivant. Être pessimiste signifie avoir accepté que la vie humaine ne soit qu’une affaire académique. Je suis donc obligé d’être optimiste. Je suis obligé de croire que nous pouvons survivre à ce qui met notre survie en jeu. Mais les Noirs dans ce pays… l’avenir des Noirs dans ce pays sera exactement aussi radieux et aussi sombre que celui du pays. C’est entièrement au peuple américain et à ses représentants – c’est entièrement au peuple américain qu’il revient de décider s’il va ou non regarder en face cet étranger qu’il calomnie depuis si longtemps, s’occuper de lui et l’embrasser.
Ce que les Blancs doivent faire, c’est essayer de trouver au fond d’eux-mêmes pourquoi, tout d’abord, il leur a été nécessaire d’avoir un « nègre », parce que je ne suis pas un « nègre ». Je ne suis pas un nègre, je suis un homme. Mais si vous pensez que je suis un nègre, ça veut dire qu’il vous en faut un. La question que vous devez vous poser, que la population blanche de ce pays doit se poser, celle du Nord comme celle du Sud parce que c’est un seul et même pays, et pour le Noir, il n’y a pas de différence entre le Nord et le Sud – il y a juste une différence dans la façon dont on vous castre, mais le fait de la castration reste un fait américain…
Si je ne suis pas un nègre, ici, et que vous l’avez inventé, si vous, les Blancs, l’avez inventé, alors vous devez trouver pourquoi. Et l’avenir du pays dépend de cela, de si oui ou non le pays est capable de se poser cette question.

 

I am not your negro de James Baldwin et Raoul Peck, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Pierre Furlan. Editions Robert Laffont Velvet Film.

index