Rue de la Chimère
de Julia Székely


Nom du suicidé : André Balog, 28 ans
Né le : 11 mai 1910
Emploi : sans
Lieu du suicide :
70 rue de la Chimère
Raison de l’acte : inconnu

André est un jeune homme de bonne famille, écrasé par une famille traditionnelle, décide un jour d’en fini.

A travers les différents chapitres, 12 personnes qui font parties de son entourage plus ou moins proche, car s’exprimeront dans cet ordre :

-   Le vendeur de journaux,

-   L’agent du coin,

-   Le gardien,

-   Le frère,

-   La femme qu’il aimait,

-   La mère,

-   Le père,

-   Celle qui l’aimait,

-   L’ami,

-   L’enfant,

-   Le médecin,

-   Le prêtre.

Chacun d’eux, exprime leur façon de le voir, sa façon de se comporter avec lui, sans toujours se rendre compte qu’ils étaient passés à côté de lui. Ils nous font découvrir un jeune homme sensible, solitaire, perdu, car manipulé depuis toujours par une famille très oppressante, pour un esprit comme le sien. Un homme manipulé par l’amour, et qui à cause de cela passe à côté de ce qu’il peut y avoir de plus beau : la paternité. Un homme qui aura subit toute sa vie, le poids d’une société où il n’y a de la place que pour les forts, et traditionnalistes.

En révélant leur relation avec lui, chacun se révèle et fait apparaître la réalité d’une famille, d’une société gangrénées par la haine et les rancœurs. Chacun réagira très différemment, allant du chagrin, des regrets aux simples interrogations, en essayant toutefois de se donner bonne conscience, et rejeter la culpabilité de son geste.

Le frère : Et il aurait fallu que je m’occupe de lui ? Possible. Mais j’étais incapable de le faire plus de cinq minutes d’affilés, car il m’énervait horriblement. Surtout, je n’avais pas le temps et d’ailleurs ce n’était pas  à moi de le faire.

La femme qu’il aimait : Le pauvre André ne pouvait guérir de moi car il me voyait tous les jours. J’étais là, sous ses  yeux, il ne se passait pas un jour sans que nous nous croisions, puisque sa chambre est juste à côté de celle de Tibor.

La mère : Tout fut déclenché par un train démontable que le petit adorait faire rouler par terre de-ci de-là. Il jouait de tout son cœur, sifflant et ahanant avec autant de conviction que s’il avait été le train lui-même. Sans doute que Tibor en était jaloux, car il le lui arracha brusquement des mains pour s’amuser à son tour. J’étais sur le point de rappeler Tibor à l’ordre, lorsque mes yeux tombèrent sur le petit. La surprise fut si désagréable que je restai sans voix pendant plusieurs minutes. J’eus toutes les peines à rompre le silence et sortir de ma stupeur. L’enfant se taisait lui aussi, il se bornait à suivre le jouet des yeux, à regarder son frère qui le lui avait pris, et il rentrait la tête dans les épaules et pinçait les lèvres exactement comme son père avait l’habitude de la faire quand quelque chose le contrariait. C’est justement ce geste que je haïssais tant chez mon mari.

J’ai beaucoup aimé ce livre, il explore l’âme humaine, pour cela il explore les ressorts intimes de la culpabilité, du chantage affectif, de la névrose de répétition. Le fait de passer d’un personnage à l’autre, nous transporte dans des univers très différents, plus ou moins sains, mais réels !

Claude

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