Abigaël
de Magda Szabó

Septembre 1941, la seconde guerre mondiale fait rage.
Gina, une adolescente vit avec son père, veuf, militaire et Marcelle sa gouvernante française. Elle les adore tous les deux. Malheureusement, Marcelle en raison de sa nationalité est obligée de rentrer en France dès le début de la guerre.
Ils avaient jusqu’en septembre 1941 réussit à continuer à vivre tous les deux, son père et elle.
Mais un jour, à la fin des vacances scolaires 41, son père lui apprend qu’il l’envoie en pension, dans un internat de jeunes filles très strict, et que rien de ne lui ferait changer d’avis. Il faut toutefois que ce départ reste secret, et qu’elle ne dise au revoir à personne, ni sa tante, ni employés de maison, ni ses amies(s).
Gina a le sentiment de perdre tous ses repères, elle se sent abandonnée, et très seule.
Quelques jours plus tard, elle arrive dans un endroit austère, qui n’est que lois, punitions, rigueur pour toutes les filles. Un monde à l’opposé du sien, elle qui avait l’habitude d’obtenir tout ce qu’elle voulait, elle a du mal à comprendre. Les premiers temps sont très durs, puis, peu à peu elle apprend ce qu’il faut savoir, tout en restant indisciplinée. Son père a le droit de l’appeler tous les samedis, mais elle ne peut pas dire ce qu’elle veut, car elle n’est jamais seule.

Dans cette institution, il y a une statue : Abigaël, une simple statue en plâtre avec un panier. Abigaël a son histoire : lors de la première guerre mondiale, une jeune fille triste de ne pas avoir de nouvelles de son amoureux parti au front, avait laissé un mot dans le panier. Et, le lendemain elle avait des nouvelles, au même endroit. Loin d’être idiote, Gina n’y croit pas. Mais un jour, ayant fait une grosse bêtise, elle trouve dans son lit, un mot signé Abigaël. Un billet la mettant en garde sur son comportement qui pourrait nuire à son père !

Qui est Abigaël ? Le beau Kalmar, prof d’histoire ? Szussana, la belle préfète ? Qui d’autre ?

La guerre fait rage, elle n’entre toutefois pas dans le lycée. Mais, lors des balades en ville, de mystérieux messages sont déposés sur les monuments. Un perturbateur les dépose à la vue de tous, ils invitent les habitants à s’élever contre Hitler. Se mêle à l’histoire personnelle de Gina, la grande histoire, avec ses héros et ses traitres.

Un jour, son père vient la voir et lui fait une révélation qui va changer sa vie, qui de l’adolescence la fera passer à l’âge adulte.

En décembre, son père ne lui donne plus de nouvelles, elle est bouleversée. En même temps, son ancien amoureux la recontacte. Il veut qu’elle le suive pour rejoindre son père. Abigaël viendra à son aide, une fois encore. Elle apprendra une leçon qu’elle n’oubliera jamais, ne pas se fier aux apparences !

 

J’ai adoré ce livre. Comme tous les livres de Magada Swabó, il est très bien écrit. On découvre à travers les yeux d’une adolescente, la résistance civile et militaire, qui s’est insurgée contre l’entrée d’Hitler en Hongrie, on y découvre aussi l’ignorance de la population sur ce qui se passe dans le pays. Sans ces héros silencieux et invisibles, elle n’aurait rien su.

La vie dans l’institution est éminemment bien décrite, on s’y croirait. La légende d’Abigaël porté par les élèves et les plus âgés est douce par rapport au quotidien. Ce livre est en fait un texte sur la tolérance, sur les apparences, car il ne faut surtout jamais se fier aux apparences. C’est bien connu et tellement vrai !

Claude

Première page

Gina va en pension

Le changement qui intervint dans sa vie lui fit perdre beaucoup de choses, comme si sa maison avait été dévastée par une bombe.

Marcelle fut la première à disparaître. Gina l'avait toujours appelée mademoiselle, mais ne l'avait jamais vue comme la Française qui occupait la chambre contiguë à la sienne, et qui l'avait élevée pendant douze ans. Marcelle était plus qu'une gouvernante, plus qu'une employée salariée. Sa présence faisait parfois oublier qu'elle était en fait une étrangère et ne remplacerait jamais la mère que la petite fille avait perdue à l'âge de deux ans. Marcelle compre­nait tout, même ce que Gina suggérait sans l'exprimer clairement, ou qu'elle ne pouvait que balbutier. Il y avait des moments où elle se sentait aussi proche d'elle que de son père. Lorsque Marcelle avait le mal du pays, si la petite fille se plaignait, elle lui répon­dait qu'elle devait s'estimer heureuse car elle avait encore son papa qui l'aimait plus que tout, alors qu'elle, Marcelle, avait perdu ses parents très jeune et devait gagner sa vie avec ce qu'elle avait jadis appris d'eux, sa langue maternelle.

 

Abigaël de Magda Swabó, traduit du hongrois par Chantal Philippe. Éditions Viviane Hamy.

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