Rue Katalin
Magda Szabo

 

En terminant ce billet, je me rends compte que j’avais déjà lu le livre, je n’en ai aucun souvenir ! Incroyable !!! Comme quoi, je suis vraiment fatiguée. Bon tant pis j’ai déjà fait le billet en 2014, et bien je vous mets le nouveau !

Claude

 

Avant la seconde guerre mondiale, la rue Katalin représente le paradis de 4 enfants.

Après, elle deviendra le cauchemar des trois restants.

Trois maisons mitoyennes abritent trois familles :

Le foyer Biro :

-   Le commandant Biro,
-   Balint : son fils,
-   Mme Temes : la gouvernante.

 

Le foyer Elekes :

-   M. Abel Elekes (directeur d’école),
-   Mme Elekes,
-   Iren et Blanka : leurs filles,
-   Roza : la gouvernante.

 

La famille Held :

-   M. Lajos Held : dentiste,
-   Mme Anna Held,
-   Henriette : leur fille,
-   Margit : la gouvernante.

Page 107. Quand ils étaient petits, ils jouaient souvent à des jeux de plein air, dans le jardin ou dans la cour, leurs parents trouvaient que c’était bon pour la santé. Elle réclamait toujours le jeu du cerisier, il lui procurait un plaisir inexplicable qui la ravissait encore à l’époque où elle aurait dû en avoir honte. Balint en avait horreur mais il acceptait parfois d’y jouer. C’était toujours lui qui était au milieu et il choisissait toujours Iren, Blanka et Henriette restaient de part et d’autre et battaient des mains tandis qu’ils tournoyaient entre elles. Henriette savait que tout était venu de là, et que tout ce qui allait lui arriver s’était joué peut-être même avant Hitler, dans le jardin, avec le jeu du cerisier où Balint choisissait toujours Iren.

Mais la guerre arrive, et la famille d’Henriette est en danger. Le jour des fiançailles d’Iren et de Balint, ils ne rentrent pas. Le commandant, lui dit qu’elle doit aller les rejoindre pour quitter le pays avec eux. En fait, il la gardera cacher pour la sauver, jusqu’au jour où elle désobéie. Elle sort une nuit alors que la maison de ses parents a été vidée par les allemands. Un jeune militaire l’aperçoit dans le jardin et tire. Tout cela nous le savons dès le début.

D’outre-tombe, Henriette vient les visiter, elle sera obligée de recréer la rue Katalin, car cette dernière a disparu avec elle. Page 36. Elle retournait  souvent chez elle et beaucoup l’enviaient.
Il n’était pas donné à tous de s’en retourner, et ceux qui n’y parvenaient pas étaient fâchés de voir que d’autres allaient revoir leurs proches chaque fois qu’ils en avaient envie. Au début Henriette avait tenté de se justifier, de dire combien elle avait été heureuse là-bas, et que dès son enfance elle avait rassemblé consciemment les souvenirs de leur maison, et leur vie, mais elle n’avait convaincu personne et ne chercha plus à expliquer. Elle avait l’impression que certains de ses compagnons la regardaient comme le soldat l’avait fait, à la lumière bleutée de sa torche électrique. Cela l’effrayait d’autant plus que peu de temps après son arrivée, le soldat était arrivé à son tour, il était constamment à proximité et, au début, il lui avait semblé que jamais elle ne pourrait s’habituer à sa présence. La première fois qu’elle l’avait revu, elle avait été si terrifiée qu’elle s’était enfuie en courant, puis elle s’était calmée en pensant qu’ici il ne pouvait plus lui faire de mal, d’ailleurs il n’en avait visiblement pas l’intention. Elle le rencontrait souvent et finit par comprendre pourquoi il la fixait si intensément, pourquoi il la suivait. Le soldat avait tout  oublié, le seul souvenir qui lui restait était le visage d’Henriette, un visage qui le terrifiait et lui faisait horreur, mais l’attirait dans le même temps, car sa solitude était insupportable et Henriette était le seul être qu’il connût.

Elle accompagne alors les survivants dans leur dérive, où tous pensent être coupables de sa mort, et se  punissent à leur manière sans jamais pouvoir se pardonner.

 

Ce livre est lumineux. Il m’a happé, ses personnages sont très bien décrits, je pouvais ressentir leurs peines, leurs troubles. Le fait de connaître la mort d’Henriette dès le début et de progresser avec tous les personnages vers leurs rôles dans cette nuit tragique rend le livre encore plus passionnant. Et puis le regard d’Henriette sur ses amis lors de ses retours est intéressant, et perspicace.

L’écriture de Magda Szabo est géniale, enfin, moi je trouve !

A bientôt

Claude

 

Première page.

Vieillir, cela ne se passe pas comme dans les livres, ce n’est pas  plus ce que décrit la science médicale.

Aucune œuvre littéraire, aucun médecin n’avait préparé les habitants de la rue Katalin à l’éclairage impitoyable que l’âge apporterait dans l’obscure galerie qu’ils avaient parcourue presque inconsciemment pendant les premières décennies de leur vie ; ni à ce qu’il mette de l’ordre dans leurs souvenirs et leur échelle de valeurs. Ils savaient qu’ils devaient s’attendre à certains changements biologiques, que leur corps avait entrepris un travail de démolition qu’il poursuivrait aussi minutieusement qu’il s’était construit, depuis l’instant de leur conception, en vue du chemin à accomplir. Ils avaient accepté de voir leur physique se transformer, leurs sens s’affaiblir, leurs goûts, leurs habitudes et même leur leurs besoins s’adapter à ces changements ; de devenir gourmands ou de perdre l’appétit, d’être craintifs, voire susceptibles. Ils s’étaient résignés à avoir du  mal à dormir et à digérer, fonctions dont la régularité leurs semblait jadis aussi naturelle que la vie  même.

Rue Katalin de Magda Szabo, traduit du hongrois, revue et corrigée par Chantal Philippe. Editions Viviane Hamy.

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