Idaho
d’Emily Ruskovich

Ce livre, je l’ai dévoré, il est magnifique. La plume d’Emily Ruskovich est fluide, elle rend formidablement bien les différentes ambiances du livre, sans jamais, sans trop ou trop peu s’attarder sur la période. Il est troublant, car une mort ou deux morts d’enfants sont l’un des fils de l’histoire, mais pas seulement. La circonstance de la mort de la petite May, geste incompréhensible de la part de sa meurtrière, la maladie d’Alzheimer et ses conséquences nous font entrer dans une réalité terrifiante pour tous les protagonistes et nous-même.

Anne est professeur de musique, un jour, elle découvre une petite fille, June dans une situation troublante. Elle appelle alors les parents. Le père Wade, vient la voir et en discute avec elle. Peu de temps après, il décide de prendre de cours de piano. Quelques mois plus tard, elle apprend la disparition de June et la mort de sa petite sœur May, assassinée par sa mère, Jenny.

Le temps passe, Anne et Wade se revoie, se marie, ils sont heureux jusqu’au jour où la maladie d’Alzheimer se déclenche chez Wade. Anne se rend compte alors qu’elle n’aura jamais les réponses à ses questions sur le décès de May et la disparition de June. Elle refera l’histoire seule, et se retrouvera face à une terrible découverte.

Jenny est en prison pour le reste de sa vie, alors qu’elle voulait mourir. Pendant 5 ans, elle reste seule dans une cellule avec ses souvenirs. Puis, un jour elle commence à réagir, on lui fera alors partager la cellule d’Elizabeth. Peu à  peu, elles s’apprendront, se soutiendront.

Au fil du livre nous allons dans le passé, le présent, le futur, il est émouvant, perturbant, inoubliable.

Heureusement pour moi, la semaine où je l’ai lu j’étais en congés…

Claude

 

Première page
2004

Ils n’utilisent jamais le pick-up, sauf une ou deux par an pour aller chercher du bois de chauffage. Le véhicule était garé un peu plus haut sur la colline, devant le bûcher, où il recueillait la pluie au creux des bosses du capot, et les larves de moustique dans l’eau de pluie. C’était ainsi quand Wade était marié avec Jenny, ça l’est toujours maintenant qu’il est marié avec Ann.

Ann gravit parfois la colline pour s’asseoir dans le pick-up. Elle attend que Wade soit occupé, afin qu’il ne remarque pas son absence. Aujourd’hui, elle s’y rend sous prétexte de rapporter du bois, en tirant une luge bleue à travers la boue, l’herbe et les plaques de neige. Le bûcher n’est pas très éloigné de la maison, mais il est dissimulé par un bosquet de pins ponderosa. Elle a le sentiment de commettre une effraction, comme si elle n’avait pas le droit de poser les yeux sur rien de ce qui se trouve ici.

Le pick-up est garé sur l’un des rares replats, une improbable terrasse taillée dans le flanc de la montagne. Devant le bûcher, de l’autre côté du pick-up, quelques briques tombées ici ou là jonchent l’herbe et la neige. Des tourets de fil de fer tordu sont appuyés contre les arbres. Accrochées à une longue branche de mélèze, deux cordes épaisses tanguent l’une en face de l’autre, bien qu’à une époque elles aient peut-être été reliées par une planche – la balançoire d’un enfant.

On est en mars, il fait beau et froid. Ann s’installe sur le siège du conducteur et referme doucement la portière. Elle boucle la ceinture de sécurité, puis baisse la vitre qui lui projette alors quelques gouttes d’eau sur les genoux.

 

Idaho d’Emily Ruskovich, traduit de l’américain par Simon Baril. Edition Gallmeister.