La rue
de Ann Petry

116ème rue, dans les années 50.

La misère est reine dans le quartier. Lutie a un petit garçon de 8 ans, elle arrive dans la rue après avoir quitté son père, qui sans travail s’était mis à boire, et la trompait.

Elle arrive dans cette rue, où elle sait que rien de bon ne pourra advenir. C’est la misère matérielle, sociale, c’est sale, ça sent le désespoir.

Page 58. La 116ème rue présentait d’autres dangers qu’il était trop jeune pour reconnaître et s’en détourner. Il y avait, par exemple, ces bandes de jeunes voyous qui étaient toujours prêts à enrôler les gamins de l’âge de Bub et à les employer. Ces petits garçons pouvaient aisément se glisser dans les maisons par  les échelles des cours, ou distraire l’attention d’un marchand pendant que la bande pillait l’étalage d’un cœur léger.
Entre un concierge qui n’a de cesse d’essayer de la violer, une maison de passe au rez-de-chaussée, 2 travails, un petit garçon qui est trop seul, elle se sent impuissante. Page 81. Jones, le concierge, sortit de chez lui juste à temps pour apercevoir Lutie se diriger à grands pas vers le Junto. Elle marchait si vite que son manteau en s’envolant découvrait sa jupe légère.
En la suivant des yeux le long de la rue, il pensait à ses jambes et déplorait l’ampleur du manteau qui l’empêchait de les voir. Depuis le soir où elle avait sonné à sa porte pour la première fois, il n’avait jamais pu la chasser de ses pensées. Elle était si mince, si dorées, si jeune. Elle lui rendait plus sensible la mortelle solitude de ses jours et de ses nuits, solitude dévorante à laquelle il était voué pour avoir pendant des années vécu dans des caves à charbon et dormi sur des paillasses dans la chambre des machines.

Elle croira à un moment que l’horizon allait pouvoir s’éclairci, mais non, ce n’est pas pour elle, elle, qui vit dans la 116ème rue. Et ce petit garçon qui ne souhaite que lui faire plaisir, comment le protéger de tous les dangers quand on passe sa vie au travail ?

J’ai trouvé la fin du livre bouleversante, je l’ai relu 2 fois, parce que je n’arrivais pas à y croire !

La rue est un très beau livre, dur sans complaisance sur la misère des ghettos, applicable aujourd’hui dans n’importe quel pays !! Malheureusement !!!

Claude  

Première  page

Le vent glacé de novembre balayait la 116ème Rue. Il secouait les poubelles, aspirait les rideaux par les fenêtres ouvertes et les renvoyait  claquer contre les carreaux. Les rues entre les Septième et Huitièmes Avenues étaient désertées. Seuls quelques passants pressés avançaient, courbés, luttant contre le vent.
Des papiers de toute sorte envahissaient la rue, vieux billets de théâtre, annonces de bals ou de réunions, sacs d’emballage pour le pain ou les sandwichs, enveloppes, journaux. Le long du trottoir, le vent les faisait voltiger autour des passants et réussissait même à s’engouffrer sous les portes et dans les cours, à y dénicher des os de poulet et de côtelettes et à les projeter dans la rue. Tout lui était bon pour décourager ceux qui osaient l’affronter, leur jetant à la figure toutes les saletés du trottoir, en même temps que la poussière les aveuglait et les empêchait de respirer et que les grains de sable les mordaient au visage. Ce vent lançait dans les jambes des passants de vieux journaux qui s’entortillaient, ce qui les faisait jurer, trépigner, et tout envoyer promener à coups de pied. Et ce vent recommençait sans se lasser, jusqu’à ce que les passants soient forcés de s’arrêter et d’arracher le journal.

La rue d’Ann Petry, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Martine Monod, Nicole et Philippe Soupault. Editions 10/18.

9782264072795