Le pays sous le vent
de Grazia Deledda

 

Rien que le titre donne envie d’ouvrir ce magnifique livre.

L’histoire est simple. La famille de Nina est modeste, et loue une chambre inoccupée à des gens de passage. Un notaire vient régulièrement et parle toujours de son fils Gabriele avec beaucoup de fierté. Peu à peu, le notaire et les parents de Nina font plus ou moins le projet de les unir.
Encore adolescente, elle tombe sous le charme lorsqu’il vient passer quelques jours chez eux. Puis, il disparaît, lui promettant de lui envoyer des livres et de revenir.

Alors qu’elle vient de se marier et s’apprête à vivre une vie confortable, elle croise sur la plage, lors de son voyage de noce une silhouette noire. Gabriele.
Il ne s’arrête pas, elle le reconnaît à peine tant il semble malade et cela la perturbe énormément.
Pages 75-76 Le début de ma vie d’épouse fut réellement marqué par un je-ne-sais-quoi de fantastique, dans sa simplicité même, comme l’une des nombreuses choses créées par Dieu qui, au premier regard, ne ressemblent à rien, mais après examen, nous remplissent l’âme d’émerveillement. Et c’est avec émerveillement que je regardais les coquillages, les oiseaux, les papillons, les cristaux de sel et les fleurs au bord de la mer. Je n’avais jamais vécu si près de la mer et, auprès d’elle, je me sentais à la fois petite fille fragile, tout en respirant d’un souffle plus ample. Heureuse et belle comme les hirondelles qui en effleuraient la surface et semblaient se teinter de la couleur de l’onde.
L’homme noir, ce fantôme rencontré le premier jour, n’était plus réapparu, et je n’avais plus entendu le son du violon. Tout allait bien dans notre nid d’amour.

Elle apprend alors qu’il est le locataire de leurs voisins, et qu’il est gravement malade.
Elle essaie de vivre au mieux son quotidien, mais toujours cette silhouette qu’elle recroisera fera resurgir le passer. Elle n’aura de cesse de penser à aller lui parler pour le réconforter, lui si malade. Page 116
- Oui, je sais, cet homme est malade et même méchant. Car la maladie, parfois, rend cruels ceux qui en sont touchés. J’ai entendu parler d’un ouvrier tuberculeux qui vivait dans une grande ville, là où même les hommes sains sont méchants, et qui crachait sur les enfants qu’ils rencontraient pour les infecter. Le locataire des Fanti, je l’ai connu quand j’étais jeune fille : nos familles voulaient nous marier, mais le jeune homme partit pour l’étranger et le mariage ne se fit pas. Je l’ai revu ici par  hasard, et si je vais lui rendre visite, ce sera pour lui dire  un mot de réconfort, puisque je sais que, d’ici peu, il va partir pour l’autre monde.
Je m’aperçus que l’homme, s’il ne faisait pas grand cas de mes paroles, n’en doutait pas une seule seconde. Il ne fit pas de commentaires, mais se replia aussi, tout en tapant et retapant sa canne sur le plancher du ponton. Enfin, après avoir longuement réfléchi, il me dit :
- En tout cas, madame doit faire très attention.
Il sembla ainsi m’accorder la permission d’aller rendre visite à  Gabriele.

Autour d’elle, gravitent de très beaux personnages ; son mari un peu perdu par cette jeune femme qui semble tourmentée, mais loin d’être ignorant, la femme qui s’occupe de la maison, une pipelette au grand cœur, son mari taciturne néanmoins adorable avec elle et enfin, le voisin aveugle, et tous les gens  du village. Sans oublier les éléments qui se déchaînent, le vent, la pluie…

MAJESTUEUX !

J’ai adoré.

Grazia Deledda est née en 1871 en Sardaigne. Elle est l’auteure d’une trentaine de romans et d’une quinzaine de recueils de nouvelles.
J’ai vraiment beaucoup aimé son écriture, elle est limpide, fluide. Magnifique. C’est la première fois, je crois que je la lisais, j’en suis ravie.

Claude

Première page
Malgré toutes les précautions et les mesures que nous avions prises, notre voyage de noce fut un vrai désastre.
Nous nous mariâmes au mois de mai et nous partîmes juste après la cérémonie, à l’heure de midi, par une belle journée venteuse aux parfums de fleurs. Des roses et encore des roses nous accompagnaient : les jeunes filles les lançaient par les fenêtres, avec des poignées de blé et des regards d’envie amoureuse. Toute la gare était ornée de roses, et la vallée, de haies rougeoyantes. Roses et blé : amour et bonheur. Tout nous souriait.

La destination de notre voyage était fixée, appropriée à la circonstance ; une petite maison entre la mer et la campagne où mon époux avait déjà séjourné quelques fois. Une femme âgée, discrète, habile aux tâches ménagères, que mon mari connaissait déjà, se chargerait de tous nos besoins matériels. Et nous, nous irions nous promener sur les bords de mer, dans les prés étoilés de troènes ou, plus loin, dans les méandres recouverts de mousse velouté de la pinède mélodieuse.

Le pays  sous le vent, de Gazia Deledda, traduit de l’italien par Chiara Monti et Fabienne-Andréa Costa. Editions Cambourakis

index