L’amour des maytree
d’Annie Dillard

Cet été, j’ai décidé de ne pas acheter de livres, j’en ai certains qui sont depuis un moment dans ma bibliothèque et d’autres que j’ai envie de relire.

L’amour des maytree d’Annie Dillard, est dans ma bibliothèque depuis un certain temps. J’ai découvert une formidable auteure. J’aime son écriture, son mot juste, sobre, précis, élégant et poétique. Elle nous emporte dans les méandres de l’amour, du couple, de la vie. Elle sait éviter toutes les rancœurs quand l’amour s’en va. Il n’y a aucune agressivité, juste des constats, des questions mais pas de reproches. Les Maytree lui permettent de raconter des décennies d’amour, de rêves et de désillusions. Elle le fait de telle façon qu’elle en fait un roman exceptionnel.

Toby et Lou Maytree se sont rencontrés après la seconde guerre, ils se sont mariés, ils ont eu un enfant, il l’a quitté, puis retrouvé au seuil de la mort. Somme toute une histoire banale de nos jours, toutefois Annie Dillard a su l’écrire sans haine, le personnage de Lou est très beau, et jamais l’histoire ne  sombre dans le morbide ou ne juge Toby. Page 111. Lorsque son mari revint de la marche qu’il avait faite, le long de la plage, après lui avoir dit qu’il la quittait, il vint se glisser, comme à l’ordinaire, dans leur lit conjugal. Lou sentit le froid qu’il apportait du dehors. Il se mit à parler. Elle sentait le coude sur lequel il s’appuyait faire un creux dans leur matelas. Dans l’obscurité, elle entendait sa voix puissante s’adresser à son dos. Il n’avait pas un autre endroit, sur la surface de la planète, où aller dormir ? En fin de compte, elle préférait ne rien entendre.

Qu’aurait-elle dû faire, pour l’amour du ciel ? Ils avaient été heureux. Et si l’amour lui-même – et Ti’Pol – en était le fruit, rien ne l’empêchait de continuer à aimer, si le cœur lui en disait ; ce qui, à quarante et un ans, n’était pas le cas. Ti’Pol lui avait un jour raconté – en lui mimant la scène – que, lorsqu’ils remontaient à la gaffe un requin sur le pont, les pêcheurs, afin de sauver leurs propres jambes, l’éventraient et lui donnaient ses entrailles à mâcher. Elle ne ferait rien de tel.

Annie Dillard  porte un regard sur la société empreint d’humour, de férocité mais aussi d’une grande tendresse.

Claude

Première page

Un jour, il y a longtemps, les Maytree furent jeunes. Ils vivaient sur ce qui semble, encore aujourd’hui, la surface même de l’Antiquité : tout au bout du cap Cod, le « cap aux morues », cette sablonnière minérale exposée aux intempéries. La péninsule à  cet endroit était plus qu’étroite entre deux plans d’eau. Son altitude était en moyenne de quelques pieds au-dessus du zéro des cartes. Depuis les escarpements de Truro, elle s’enroulait en spirale, dans le sens inverse des aiguilles d’une montre, autour des dunes, pour venir retomber comme un chiffon dans le port, Provincetown, niché au creux de la spirale. Pendant un temps, la ville de Provincetown s’appela du reste Cap Cod. Des générations avant Jamestown, pour ne rien dire de Plymouth, les pêcheurs anglais y venaient remplir leur cale de morue.

Aucune tribu Wampanoag, pas  même les Pamet, ne vint jamais. La tribu des Nauset, toutefoix, remontant d’estuaire en estuaire, parvint aussi au nord que Truro : elle y demeura et y bâtit des  villages permanents en plus grande densité que dans la plupart des autres endroits de Nouvelle-Angleterre, car le lieu abondait en clams et en huîtres et, au sud de Namskaket, on trouvait un sol assez riche pour y faire pousser courges et maïs.

L’amour des Maytree, d’Annie Dillard traduit de l’anglais par Pierre-Yves Pétillon. Editeur Christian Bourgeois.

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