La clairière de Marisa Madieri
La clairière
de Marisa Madieri
Daphné est une jeune marguerite, elle vit avec sa famille dans une clairière ensoleillée. Elle passe de l’enfance à l’adolescence avec toutes les joies et les tourments que cela peut engendrer. Elle fait l’apprentissage du monde végétal, animal et humain avec toutes leurs vicissitudes, dans un univers qui n’est pas sans rappeler nos sociétés.
À travers la courte vie de Daphné, Marisa Madieri explore certains faits de sociétés récurrents, la pollution, la peur ressentie à la découverte de l’Asie (le « péril jaune !!»), le racisme, l’éveil des sens, et mille autres sujets.
p. 47 – 49
C'est ainsi que Daphné prit place avec ses sœurs assez près de la tribune des orateurs.
- Donc, Mesdames et Messieurs - commença le Président, un vieux chrysanthème des prés déplumé mais qui avait encore de l'énergie et de l'autorité -, j'ai le devoir de vous expliquer pourquoi nous avons convoqué cette séance extraordinaire. Il ne vous aura pas échappé que depuis quelque temps notre pré est en train de changer de physionomie ou plutôt de couleur. À une époque de l'année où la floraison des marguerites devrait être à son apogée, formant un tapis blanc et soyeux - et là la voix se fêla d'émotion -, il est de fait que les touffes, jadis bien fournies, superbes, et si proches les unes des autres qu'elles ne formaient pour ainsi dire qu'une seule et même famille, se sont raréfiées et appauvries. Là où régnait le blanc des marguerites avance le jaune des pissenlits, qui occupent les vides laissés par nous. Les pissenlits, Mesdames et Messieurs, sont en train de nous submerger. Le taraxacum officinal ou dent-de-lion sera le futur maître de la clairière, si nous ne réagissons pas immédiatement. C'est un être fort, tenace, prolifique.
Ses graines chaque jour s'envolent avec audace et, au mépris de tous les dangers, se parachutent au loin, à la conquête de nouveaux territoires. Certains jours le soleil est offusqué par leur duvet fécond. Je demande aux experts d'examiner les causes de notre déclin et de nous indiquer les mesures à prendre.
Suivit un moment de silence inquiet, puis les Sages commencèrent à discuter entre eux avec animation.
- C'est vrai - disait l'un d'eux. Je ne m'en suis aperçu que récemment. Mais telle est bien la situation. Selon moi les insectes sont devenus abouliques et ont raréfié leurs ardentes visites à nos calices.
- C'est la pollution qui détraque tout - ajoutait Maricô, en faisant tout bas des vocalises pour continuer à s'exercer la voix.
- Non, c'est à cause des saisons - rétorquait son voisin. Il n'y a plus de saisons, autrefois le printemps c'était le printemps, et l’été l'été, aujourd'hui on ne peut même plus distinguer le jour de la nuit.
Oscar hochait la tête.
- Non, disait-il, ça vient plutôt de nous.
Aujourd'hui chacun ne pense qu'à soi et à son confort. Plus personne n'est disposé à assumer la responsabilité d'une famille nombreuse. Ça donne trop de tracas.…
P. 50
… Daphné, ce jour-là, comprit pour la première fois que le monde n'appartenait pas seulement aux marguerites. Les pissenlits, qui lui avaient toujours plu avec leurs pétales jaune d'or et leurs petits ballons transparents et doux, prêts à se fendre et à libérer au moindre souffle de vent leurs graines mûres, pouvaient devenir de dangereux concurrents. Ils n'étaient donc pas éclos dans la clairière pour la joie des marguerites, mais à côté des marguerites. Et il en allait probablement ainsi de toutes les plantes, arbres et fleurs, et les animaux eux-mêmes n'étaient pas simplement une partie du paysage, comme elle l'avait toujours cru, mais, à titre égal, des compagnons de voyage, des colocataires de la maison commune.
Elle regarda autour d'elle, étonnée, et se sentit petite et accessoire.
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P. 64
Le lendemain, Daphné décida de passer tout l'après-midi avec Céleste. Elle avait des tas de choses à lui confier et il lui tardait de commenter avec elle l'histoire étrange que lui avait racontée Rachel. Mais elle trouva son amie dans un état pitoyable, le regard embué d'un voile de tristesse, les feuilles flasques et la tête penchée.
- Qu'est-ce qu'il t'arrive, Céleste?
- Ah, Daphné, si tu savais. Je suis tellement humiliée. Mes parents m'ont fait d'amers reproches ce matin, parce que je me suis liée d'amitié avec une fleur inconnue, qui venait d'éclore à côté de moi. Ils m'ont menacée de me punir si je ne cessais pas immédiatement de la fréquenter. Une marguerite, selon eux, doit rester avec ses semblables et non se perdre avec des fleurettes de rien du tout, qui peut-être même sentent mauvais. Pourtant cette fleur-là, quoique modeste, était très polie et avait vraiment envie d'échanger quelques mots avec moi. Même si elle se trouvait parmi les siens, elle me semblait très isolée et je sais personnellement combien il est triste de se sentir seul.…
… p.65
- Qui es-tu, gentille fleur? - lui demanda-t-elle, sans se laisser intimider par la perspective de déplaire aux parents de Céleste, qui la jugeraient sûrement avec sévérité.
- Mon nom est myosotis, mais tout le monde m'appelle ne-m'oubliez-pas. C'est la première fois qu'il arrive à l'une de nos graines de germer dans cette clairière, c'est pour ça que nous ne sommes pas encore nombreux. Mais, bien qu'ici la terre soit bonne et qu'il y ait de la place, j'ai bien peur que la vie ne s'annonce très difficile pour nous. Je ne pensais pas qu'il y avait autant de préjugés envers les fleurs d'une famille différente.…
… p. 66
Daphné tressaillit et fut prise de honte pour les membres de sa communauté qui avaient fait si mauvaise figure en réprimandant quelqu’un qui voulait se montrer courtois et ouvert envers les nouveaux arrivés….
… p.67
Elle essaierait quand même de ne pas se faire voir, pour éviter d'inutiles remontrances. Daphné, de son côté, se garderait bien de parler aux siens de cette affaire et de leur demander des autorisations particulières, tant pour éviter d'être déçue face à d'éventuelles réponses négatives que pour ne pas s'exposer à la nécessité de recourir elle aussi à des subterfuges pour lesquels elle ne se sentait aucun goût.
La Clairière de Marisa Madieri, traduit de l’italien par Marie-Noëlle et Jean Pastureau. É. L’esprit des péninsules.
C’est un livre formidable, une fable des temps modernes !!! Je m’arrête là, car je serai capable de vous recopier une trop grande partie du texte, et, il y a tant de sujets encore… ! C’est un livre assez caustique tout de même, quand je lisais la liaison du vieux bourdon avec la jeune coccinelle et autres anecdotes, je ne pouvais m’empêcher de sourire !
De Claudio Magris : « Dans cette fable la douleur, le mal, la mort, l’espérance renaissante sont des thèmes inquiétants, traités avec un merveilleux détachement et une légèreté transparente. »
Claude
Vous Comprendrez Donc
Vous comprendrez donc
de Claudio Magris
Version moderne d’Eurydice, ce roman est formidable. Une femme décédée a reçu la permission exceptionnelle de rejoindre l’homme qu’elle a aimé. Elle décide de ne pas en profiter. Elle s’en explique dans un long monologue à un certain « Président ». Elle lui raconte l’amour, le quotidien, leur histoire. Mais aussi, l’amour au-delà de la mort, le désir, le besoin presque maladif de savoir.
Je n’ai certainement pas assez de recul pour bien parler de ce livre, mais, quand on sait que la femme de Claudio Magris est décédée d’un cancer, on comprend pourquoi tout est si fluide, le bon mot pour le bon sentiment… on y ressent toute la brutalité de la vie, tout ce que la douleur peut engendrer chez un être humain, sans pour autant tomber dans le pathos. Il y a des moments où on ne peut s’empêcher de sourie d’ailleurs !
J’ai adoré ce livre pour maintes raisons encore qui me sont plus personnelles, voici quelques extraits.
Pages 17-18
Je sais, je sais que parfois il n'en pouvait plus... parce qu'à moi, ça ne m'arrivait jamais? Mais cela dit... il sait bien lui aussi que c'est dans ses bras que je suis devenue une femme, et que c'est dans les miens qu'il est devenu un homme... un vrai, pas un Narcisse toujours sur ses gardes; quelqu'un qui va son juste chemin et n'a pas peur de ce qui pourra lui arriver. Depuis que je suis ici, à la vérité, j'ai entendu dire qu'il est devenu insupportable, geignard et prétentieux, qu'il demande de l'aide à tout le monde et n'écoute personneet qu'il voudrait qu'on reste à l'écouter et à l'admirer uniquement parce qu'il ne sait pas à quoi se résoudre. Mais si j'étais là...
Page 22
C'est moi qui lui ai tout appris, à rester longuement en moi, avant et après, à attendre que je lui permette, que je lui ordonnede venir, et tout le reste. Quand nous faisions l'amour, c'était comme une mer, une grosse vague qui berce soulève retombe se brise surle rivage; sans moi, il serait encore un enfant, quelqu'un qui fait l'amour comme on se mouche, pas un homme.
Page 40
Non, il n'était pas venu pour me sauver, mais pour être sauvé. Comment pourrais-je chanter mes chansons en terre étrangère? me disait-il. J'étais sa terre perdue, la sève de sa floraison, de sa vie. Il était venu pour reprendre sa terre, d'où il avait été exilé. Et aussi pour être à nouveau protégé de ces coups féroces qui arrivent de tous côtés et que j'avais toujours parés pour lui, des flèches empoisonnées qui lui étaient destinées et qui au lieu de cela rencontraient ma poitrine, tendre sous sa main mais forte comme un bouclier rond pour recevoir et arrêter ces flèches, pour intercepter et absorber leur poison avant qu'il ne parvienne jusqu'à lui. À la fin il y a eu trop de flèches, et le poison m'a vaincue, pourtant entre ses bras moi aussi j'ai été heureuse et sans peur; peu importe où arrive la flèche, sur le côté ou en plein cœur, le mien ou le tien, quand à deux on ne fait qu'un.
Vous comprendrez donc, de Claudio Magris, traduction de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau. Éd. L’Arpenteur. 2008.
Claude
L'île
L’île
de Giani Stuparich
Condamné à court terme par un cancer, un père demande à son fils de venir avec lui, sur son île natale.
Ils passeront quelques jours l’un près de l’autre à découvrir l’île, à s’observer, se parler intérieurement… De temps en temps, un souvenir reviendra, au milieu de ces paysages majestueux.
Même si peu de choses sont verbalisées, l’essentiel est dit dans les silences, dans l’observation de l’autre, dans les moments partagés... Ils n’ont que peu d’importance à ce moment là.
Chacun à leur façon, ils suivent leur chemin intérieur. Le père, en se tournant vers le passé, prend conscience de sa propre prolongation au-delà de la mort au travers de son fils : « il savait que dans la chambre voisine, tout près, respirait son fils. Il en éprouvait un sentiment de sécurité, nouveau et reposant. Jamais il n’avait ressenti le besoin de s’appuyer sur quelqu’un ; mais voici qu’une crainte mystérieuse, nichée dans les profondeurs obscures de lui-même, le poussait à regarder autour de lui, comme pour chercher un être qui lui donnerait courage. Son fils ! Ils avaient peu de choses à se dire ; mais comme il était simple de se sentir unis ». (p. 37)
Quant au fils, cette situation lui permet d’éprouver la fragilité de la vie et de découvrir son père, source de son existence. Il y a des moments très forts, où il est partagé entre l’envie et l’impossibilité de nommer la mort. « La route redevint déserte. Cette route qui allait toujours tout droit vers le bleu infini de mer et de ciel ; dénudée, bordée de quelques villas fermées, apparemment inhabitées, et de part et d’autre des pierrailles arides ; cette route plate, monotone, sans poussière, qui étouffait les pas, imposait à tout mouvement de l’âme, à toute pensée, la figure d’un destin inexorable. » (p. 64)
Ce livre se lit comme de la poésie, chaque paragraphe est un délice. Il est dur, peut-être plus encore lorsque l’on a perdu un parent. Il met des mots sur les émotions qui nous traversent lorsque le verdict tombe.
Il savait que son père était condamné. Mais était-ce vraiment là ses derniers jours ? « Cela peut encore durer quelques années, sait-on jamais… » Il avait repoussé plusieurs fois l’idée d’une mort si proche. Mais voici que cette lettre emplissait son cœur d’une ombre froide. Dehors, le soleil resplendissait glorieusement sur les prés, sur les sommets, sur les névés. (p. 8)
Mais celui qui assiste impuissant à ce combat tragique, celui qui a dans ses artères le même sang que la victime, souffre d’une horreur contenue et toutes ses minutes sont emprisonnées. (p. 45)
Il faut aussi noter que dans ce livre, l’île est aussi importante que les hommes, elle permet de respirer, elle permet d’admettre l’inadmissible…
« Mais une autre apparition vint troubler le cours de ses pensées. Dans cette lumière cruelle, ce n’était plus deux hommes qui marchaient sur la route, mais deux clowns. Un vivant et un mort se tenaient compagnie en une alliance bouffonne, portant le même masque, causant joyeusement et laissant de temps en temps retentir, dans les vide de la conversation, les grelots de leur bonnet et de leurs manches » (p. 65)
On ne sort pas indemne de ce petit chef-d’œuvre.
Claude
L’île de Giani Stuparich, traduit de l’italien par Gilbert Bosetti. Éd. Verdier poche.
Le rêve d'une chose
Le rêve d’une chose
de Pier Paolo Pasolini
traduit de l’italien par Angélique Levi
Quel beau livre ! Bon d’accord, je le dis très souvent ! en même temps n’apparaissent sur ce blog que les livres que j’ai aimé…
Le rêve d’une chose nous transporte dans les années 1948 et 1949 en Italie. Au lendemain de la guerre, les jeunes partent car ils ne trouvent pas de travail, mais reviennent aussi. Que ce soit la faim, les conditions de vie ou le mal du pays, ils reviennent dans leur village du Frioul.
Le rêve d’une chose, c’est la rencontre de trois copains qui partiront, reviendront, manifesteront avec les communistes, défendront leurs idées, feront la fête…
Le rêve d’une chose, c’est la vie des petites gens du Frioul. Nous suivons plus particulièrement les hommes en 1948, les femmes et la famille Faedis en 1949. C’est en quelque sorte une double chronique, celle des gens du Frioul, celle de la jeunesse habitée par un rêve imprécis : le rêve d’une chose.
On suit Nini Infant, Éligio Pereisson et Milio Bortolus avec beaucoup de plaisirs. On découvre la vie dans la campagne italienne, sa pauvreté, mais aussi sa solidarité, ses rêves… J'ai aimé lire ces beaux portraits des paysans du Frioul décrit magnifiquement par l'auteur.
Première page
Dès le matin, par beau temps, la grand-route et les chemins de campagne qui mènent à Casale se remplissent d’une foule qui se rend à la fête du lundi de Pâques. Peu à peu, les immenses clairières d’un vert encore hivernal, froid et léger, éclairé ça et là de la touche rose d’une branche de pêcher, fourmillent de gens qui se promènent, s’amusent, courent, bondissent ; les chevaux détachés de leurs charrettes trottent en paissant le long des fossés, montés par quelque gamin endimanché ; les garçons courent en agitant leurs épées taillées dans des branches, au milieu de vastes dépôts de bicyclettes, et les fillettes, en robes orange, violettes ou vertes, jouent tranquillement sous les sureaux à peine en bourgeons. L’estrade du bal est encore vide et les milliers de drapeaux de papier suspendus aux fils des lampes frémissent doucement sous l’imperceptible zéphyr qui souffle de la mer. Au nord, la chaîne des monts de la Carnia fond dans la blancheur, scintillante et voilée, des premiers jours de printemps.
Le rêve d’une chose de Pier Paolo Pasolini, traduit de l’italien par Angélique Levi. Éd. l’imaginaire/gallimard.
Claude
Casa Balboa, chronique d'un désordre ordinaire
Casa Balboa
Chronique d’un désordre ordinaire
de Mario Rocchi
Le titre ne pouvait être mieux choisi ! En lisant ce livre, on entre dans l’univers de M. Balboa, journaliste, libertaire, obsédé sexuel, marié, père de trois enfants, et, et ce n’est pas un petit et… et propriétaire d’un chien prénommé Otto.
On ne peut pas dire que sa vie est un long fleuve tranquille ! Trois ados à la maison, une femme avec qui il se prend la tête tous les soirs, sans oublier sa maîtresse qui vit à l’étage inférieur.
Heureusement, il y a Otto, son fidèle compagnon, qui est comment dire un peu comme lui. Que vous dire de plus, si ce n’est que dans la Casa Balboa ça vit et pas seulement à demi, ça vit complètement. En même temps, c’est la famille (je n’irai pas jusqu’à dire comme les autres, il ne faut pas exagérer !) mais ce sont les conflits conjugaux, les conflits de générations. Et puis, c’est intelligent, parce qu’au travers de cela on voit une Italie qui change sur le plan politique, religieux etc…
Et puis, c’est drôle et mordant, ça fait du bien et, ce qui ne gâche rien, c’est bien écrit. Quand j’ai vu ce livre, je me suis dit, « il est pour moi », gagné ! C’est le second livre que je lis de cet éditeur, dans deux styles complètement différents, le premier était Adalina (magnifique).
Sur la quatrième de couverture, il est dit « Amateurs de bluettes, de romances à l’eau de rose et d’historiettes convenues, passez votre chemin ! » J’acquiesce complètement, j’ajouterai les prudes.
Première page
Quand Otto est pris d'une lubie, j'ai intérêt à bien le tenir en laisse. Ce porc n'a pas de limites. Via Fillungo ou sur les remparts, s'il dégaine son arme, il ne fait aucune distinction de sexe et vu que les chiennes en chaleur, personne ne les sort, et que celles qui ne sont pas en chaleur sont farouches, il faut toujours qu'il aille tenter de monter des mâles, sans se soucier de leur taille. Si bien qu'avec les plus petits, il s'actionne dans le vide et baise l'air. Je disais donc que je le tiens bien en laisse parce que je n'ai pas envie de m'engueuler avec les maîtres des autres cabots. J'ai déjà bien assez d'engueulades avec ma femme et mes traînards de gamins qui ne veulent ni étudier, ni travailler. Stefi a voulu s'inscrire en fac de philo. Mais, putain, ça va lui donner quoi, ce master ? C'est ça qui va lui donner un boulot, peut-être? De toute façon, c'est une cabocharde
- Ne t'inquiète pas, tu verras que ça me servira.
- Oui, pour rêvasser comme à ton habitude, ou pour glander à longueur de journée.
- Toi, occupe-toi de tes affaires ou de Maurizio, qui est bien plus en retard que moi.
Maurizio a deux ans de plus, des boucles d'oreilles de drogué, rasé des tempes jusqu'à la nuque, avec une houppette de coq en rut au milieu. Il suit des cours de théories politiques, une de ces facs qui donnent l'impression d'ouvrir toutes les portes du marché du travail mais qui, en fait, ne les ouvrent que sur la glandouillerie, profession rêvée des fainéants au chômage. Quand il rentre le soir, on ne sait d'où - en tout cas certainement pas de Pise, où il est censé aller à la fac – il s’avachit sur son lit comme une énorme bouse et voilà le spectacle : le corps défait et à l’abandon comme celui d’un phoque.
Casa Balboa, chronique d’un désordre ordinaire, de Mario Rocchi, éditions la dernière goutte.
Claude





