Sémi
Sémi
de Aki Shimazadi
Sémi est un livre délicat qui nous emmène dans l’univers des maisons de retraites japonaises ou d’ailleurs (d’ailleurs !), et nous confronte à la maladie. Dit comme cela, cela pourrait faire fuir, mais non…
Tetsuo et Fujiko Niré ont décidé de ne pas être un poids pour leur fils et d’intégrer un des ces établissements. Un matin, Fujiko en se réveillant ne reconnaît plus son mari, le personnel médical demande à Tetsuo de ne pas insister, elle est trop perturbée. Elle l’accepte dans leur chambre si un rideau est mis entre deux lits et si il l’appelle « Mademoiselle ». Sans pour autant abandonner, il décide de la reconquérir, chose qu’il n’avait pas fait 40 ans auparavant, car leur mariage avait été arrangé.
Fujiko a toutefois une obsession après avoir vu une émission à la télévision, rendre une somme d’argent au chef d’orchestre. Tetsuo décide alors de remonter le temps, de remonter sa piste pour l’apaiser tout en continuant à lui faire la cour. Pages 43 et 44.
- Aimez-vous Bach ?
Elle hoche la tête. Puis elle fixe l’écran où la présentatrice accueille Rei Miwa.
C’est un beau gentleman aux cheveux argentés. Il répond aux questions sur sa carrière au Japon et à l’étranger. La voix posée, il parle de l’orchestre qu’il dirige depuis vingt ans à Tokyo. Cet homme ressemble à quelqu’un que je connais.
Soudain, Fujiko lance :
- Je dois lui rendre l’argent.
- À qui ?
- À monsieur Miwa.
Interloqué, je regarde son visage. Connaît-elle ce maestro personnellement ? Je ne l’ai jamais entendue prononcer ce nom. Je bégaie :
- Qu’est-ce que tu…, pardon, qu’avez-vous dit ?
Elle répète clairement :
- Je dois rendre l’argent à monsieur Miwa.
J’hésite mais l’interroge :
- Vous avez emprunté de l’argent à ce chef d’orchestre ?
Elle secoue la tête. Confus, je me tais. Il ne faut pas que j’insiste de trop. Elle me corrige :
- Monsieur Miwa ne me l’a pas prêté, il m’a donné cet argent.
Malgré moi, je lui demande :
- Combien ?
- Trois cent mille yens.
- Tant que ça !
- Je ne les ai jamais utilisés. Donc je veux les lui rendre.
- Pourquoi avez-vous reçu une telle somme ?
- Ça, je ne peux pas vous le dire. C’est personnel.
- Je comprends.
J’aime beaucoup l’écriture d’Aki Shimazaki. J’ai toutes ses pentalogies. Ce livre est le second de sa dernière (une clochette sans battant), je n’ai pas lu le premier, ce qui ne va pas tarder…
Elle aborde ici, la vieillesse, la maladie et le fait que l’on ne connaît jamais complètement les autres, même les plus proches avec tant de délicatesse et d’humour par moment que ce livre est tout sauf triste et plombant. Il est vivant, et vibrant.
Claude
Première page
Je me réveille au gazouillis des moineaux. Un instant, je me demande où je suis. Dans notre maison ? Je jette un coup d’œil vers la fenêtre entrouverte. Aussitôt, je reconnais notre chambre à la résidence d’aînés.
Le lit de Fujiko est vide. La couverture d’été et le drap sont froissés, l’oreiller et le coussin ne sont pas rangés. Elle doit être aux toilettes. L’horloge murale indique sept heures moins cinq. Je m’étonne. Normalement, ma femme ne se réveille pas avant huit heures. Profitant de la fraîcheur du matin, nous ferons un tour avant notre petit-déjeuner.
Allongé sur le lit, j’observe les meubles apportés de notre maison : un canapé, un fauteuil, la table ronde, des chaises, mon bureau, la coiffeuse de Fujiko, etc. Ils sont vieux mais de bonne qualité. Quant à nos lits, nous les avons achetés lors de notre aménagement. C’était l’idée de Fujiko d’avoir deux lits simples plutôt qu’un lit double.
Sémi d’Aki Shimazaki. Édition Actes sud, Collection Babel.
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