Le traducteur cleptomane
de Dezsö Kosztolán

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Je viens de relire ces nouvelles avec toujours autant de plaisirs (des grands et des petits !). Ce livre, c’est du bonheur tant pour les histoires, que pour le style. C’est une succession de tableaux insolites, avec des personnages si improbables qu’ils deviennent presque réels. La plume élégante, pudique mais  faussement lisse voire même très ironique de Dezsö Kosztolányi, nous entraîne dans des histoires plus désopilantes les unes que les autres.

Je ne raconterai pas le contenu parce que j’ai adoré le découvrir seule, comme le titre m’avait intrigué, le contenu a été au-delà de mes espérances.

Le héro ou le narrateur en fonction de la nouvelle est Esti Kornél, un « raconteur d’histoires ». Un personnage qui est pour beaucoup le double de Dezsö Kosztolányi, un double qui est ce qu’il aurait peut-être aimé être. Mais ne l’a-t-il pas été en le créant !!

Je pense toutefois que passé le côté comique, des problèmes plus sérieux sont soulevés. À vous de voir.

Je vous recommande donc vivement ce livre brillant et burlesque. Quelques heures jubilatoires vous attendent. Je ne dirai vraiment rien de mieux que ce que le journal de Charleroi écrit très bien :

« Il est des livres qu’on sirote sans se presser, en modérant volontairement les signes d’impatience de l’index qui froisse les pages, comme si on voulait en préserver le parfum le plus longtemps possible. Le Traducteur cleptomane, un recueil de nouvelles du Hongrois Dezsö Kosztolányi, a le bonheur de faire partie de ces ouvrages-là. »

1ère page de la nouvelle : la ville franche.

- Bref, tu m’accompagnes ? m’a demandé Kornél Esti.
- Avec plaisir ! me suis-je écrié. j’en ai plus qu’assez de toute cette malhonnêteté.
J’ai sauté dans l’avion. Et de vrombir et tournoyé et nous avec.

Un tournoiement tel, dans un tel tourbillon de vitesse qu’à nos côtés les aigles royaux étaient pris de vertige et les hirondelle de congestion.
Peu de temps après nous avons atterri.

- C’est ici, a dit Esti.

- Ici ? Mais ici, c’est exactement comme là-bas.

- De l’extérieur seulement. De l’intérieur, c’est autre chose.
Et nous sommes entrés dans cette ville et sans presser le pas pour pouvoir tout examiner minutieusement.

Ce qui m’a frappé en premier, c’est que les passants ne se saluaient guère.
- Ici, une personne n’en salue une autre, a expliqué Esti, qui si elle a vraiment pour elle autant d’affection que d’estime.

Un mendiant à lunettes noires se tenait accroupi sur l’asphalte. Sur ses genoux, une écuelle en fer-blanc. Sur sa poitrine, un panneau en carton :

J’ai du lutter pour ne pas vous écrire la première phrase de la page suivante !!!

Le Traducteur cleptomane, de Dezsö Kosztolányi, Éditions Viviane Hamy.

Claude