Le silence de Sibilla Aleramo

Le silence attend. Le silence, la plus fidèle chose qui m’ait enlacée dans la vie.
Plus grand que moi, au fur et à mesure de ma croissance, il croissait, lui aussi, semblait toujours vouloir m’écouter ; nous nous taisions ensemble, et je me retrouvais toujours la même entre ses bras, sans stature, sans âge, créée par le silence même, peut-être par un sein désir immuable, ou peut-être non encore née, larve qu’il protégeait.

Un fois encore, je suis seule, je suis loin, et autour de moi tout se tait.

Loin est qui m’aime, qui peut-être, cette nuit, est sur le point de disparaître et me bénit, ayant cru en moi. Loin, ceux que j’ai fait souffrir et ceux qui m’ont fait souffrir, ceux qui voudraient m’oublier ne savent pas qu’ils ne m’ont pas encore connue. Et il y a des coins où je ne suis pas attendue, et où sont et palpitent d’autres tourbillons de lumière et d’ombre. Le silence les encercle en vain.

Sur les eaux tranquilles, là-bas à travers les joncs, les étoiles reposent.

Pourquoi dois-je te céder, ô mon fidèle ?

Toi qui, de mes inutiles questions si répétées à travers mes sanglots, faisais dans mon cœur d’inattendus frissons de mélodie, quand je regardais fixement jusqu’à la torture des formes dociles et inconscientes d’elles-mêmes, quelque tison se consumant, quelque branche secouée par le vent, un bout de mur blanc ou une allégorie de voiles, ailes sur la mer…

Je suis seule, nul souffle que le mien n’agite la flamme de cette petite lampe.

Dehors, dans l’obscurité, quelque chose s’efface, meurt petit à petit.
Également éloignées de moi la mort et la vie, si enfin je parle.
Mais comme si cette heure, toutefois, était ma dernière heure.
Comme si je ne devais jamais plus me retrouver neuve sous la caresse de l’air.

C’est notre heure, ô mon fidèle, heure immobile, comme les eaux, là-bas, à travers les joncs où les étoiles reposent.

Source Internet. http://www.gutenberg.org/ebooks/11040  Téléchargement légal.

Je suis en train d’écrire un billet sur Dino Campana (enfin, quelques grandes lignes de sa vie). En cherchant quelques informations, j’ai découvert Sibilla Aleramo,son amoureuse de 1916 à 1918. Quelles vies, quelles folies, quelles passions ces deux là !!! Enfin, c’est une autre histoire et j’y reviendrai tout prochainement.
En attendant, je suis complètement tombée sous le charme de la plume de cette femme, j’ai trouvé quelques textes sur le net, dont celui-ci. Je me suis aujourd’hui procurée un
livre, un vrai, et je me demande s’il va passer la nuit !!!

Je viens de relire le texte, il fait doux, il y a la pleine lune et le silence, et moi aussi je suis loin…

Claude

sibilla_Aleramo