LE MAUVAIS MÉDECIN de Dezső Kosztolányi traduit du hongrois et préfacé par Thierry Loisel

 

Connu et reconnu comme nouvelliste, poète et journaliste, Dezső Kosztolányi écrit à 36 ans son premier roman : Le Mauvais Médecin (inédit en français). Les critiques de l’époque le qualifient de « roman raté », habitués à son style poétique, ils ont du mal à le reconnaître dans ce nouvel exercice.

Pour ma part, j’ai beaucoup aimé ; le style est pur, il n’y a pas de fioritures, le récit est concis, il est vrai qu’il est aussi cruel, mais ingénieusement mené.

L’histoire est celle d’un couple, István et Vilma, un couple qui va subir la mort de leur enfant qu’un charlatan a condamné. Un couple qui ne s’aime plus. La thématique est d’autant plus cruelle qu’à la suite du décès de leur fils, ils se retrouvent accablés, incapables de mettre en place leurs nouvelles vies. Tourmentés, ils ressentent le besoin de se poser et reposer les mêmes questions, qui les rapprochent et en même temps les font horriblement souffrir. À ce moment du livre, on a l’impression que c’est du masochisme, qu’ils ont besoin de se faire souffrir et qu’ils se servent de ce malheur pour se rendre compte qu’ils ne peuvent pas continuer l’un sans l’autre.

C’est étrange comme sentiment, lorsque je le lisais j’avais l’impression que quelque chose m’échappait. Bon, ça s’est vite dissipé !

Thierry Loisel dans sa préface écrit (page 15,(pour moi, cela résume bien une partie du livre): « Enfin, si l’Amour est aussi la Voie, alors le manque d’amour est une impasse. On dit pourtant que la mort libère. Ou toute forme de séparation. Le divorce aussi. Nous sommes ici au cœur du propos de Kosztolányi. Non seulement la mort de l’enfant n’aura pas facilité la séparation du couple, mais elle aura fini par l’annuler… »

 Première page :

 Le prête qui maria Vilma et István leur dit en ouvrant les bras : « Aimez-vous l’un l’autre ».
La nuit, en pénétrant par la fenêtre, déversait à ses pieds, sur les marches de l’autel, une sombre lumière rouge, de sorte que le malingre vieillard de quatre-vingts ans parut un instant dressé comme au milieu d’un buisson ardent. Seule l’âme continuait à vivre dans ce corps délabré. Sa bouche édentée semblait une tombe en déroute, et ses yeux –deux cratères éteints, carbonisés- irradiaient d’un éclat noir.

Mais sa voix était impressionnante.

« Aimez-vous l’un l’autre ! », répéta-t-il toujours plus fort ; et comme il n’appréciait guère les vains discours, seul le timbre de sa voix sut ranimer les formules latines séculaires, reprises sans le moindre changement, des Pères de l’Église et des prédicateurs.

« L’amour, c’est la vie ! s’exclama-t-il ; l’amour, c’est la vérité, l’amour, c’est la voie ! », lança-t-il une fois encore, avec une simplicité telle que les parents de la mariée commencèrent à pleurer.

 Le mauvais médecin de Dezső Kosztolányi, traduit du hongrois et préfacé par Thierry Loisel, éditions Non Lieu.

 

C’est un très beau livre, d’une centaine de pages. La préface de Thierry Loisel est formidable, j’ai appris plein de choses intéressantes, je suis par contre heureuse de l’avoir lu après le roman.

Le mauvais médecin, est suivi d’une nouvelle « la baignade » et d’un poème qu’il avait écrit lors de la maladie de son fils : Chant pour un enfant malade.

C’est le premier livre qui m’a redonné l’envie de lire après avoir passé pratiquement 5 semaines alitée, pendant lesquelles j’ai dormi, et dormi. Ah la grippe !!! Suivie de la bronchite !!!! Suivie d’une faiblesse générale, ha corps quand tu nous lâches !!!! Sauf que là, je recommence à avoir envie de faire plein de choses, et qu’il va falloir que je retourne travailler !!!!

Claude

Le mauvais médecin_desso kosztolanyi