En attendant mon prochain billet voici un aperçu.
Pages 57-58. Des flocons de neige fraîche, par le plus grand soleil, venaient de s’éparpiller sur une prairie verdoyante : ainsi leur apparut, débordant de lumière, le champ de trèfle blanc. Comme il embaumait, à mesure qu’on en approchait ! Il sentait le miel, l’été  bourdonnant. Et ils en arrivaient tout près, de plus en plus près ! Cela, ce fut la surprise. Andreï n’arrêta pas le chariot au bord du champ, il ne descendit pas pour se mettre à faucher. Non. Il continua, en plein dans le trèfle ! « Parce qu’ici, on ne doit pas le couper, expliqua-t-il aux enfants. Il faut que nous traversions tout le champ. Là, en bas, il y a un endroit humide om le trèfle a poussé trop haut et où il faut le faucher. Sinon même les veaux n’en auraient pas un brin. Tout cela, c’est du bon trèfle de semence. Et qui se vend  cher. Car le trèfle donne très peu de semence. »

Ils avançaient dans la voiture au-dessus du trèfle. Toutes les abeilles de tous les étés semblaient s’être rassemblées là. Comme si leur était parvenu un signal. « Derrière les étangs » il y a du trèfle blanc ! Ils avançaient dans le trèfle. Le chariot semblait naviguer sur une mer verte foisonnante de fleurs blanches. Les deux garçons s’empressèrent de se déchausser et, comme Teklounia, laissèrent  pendre leurs jambes dans les jeunes plantes. Et leurs pieds nus allaient de-ci de-là, effleurant l’écoulement argenté des petites têtes blanches scintillantes de rosée.

… Qu’il était passé vite, ce matin du trèfle blanc ! Mais qu’il était riche, auprès de milliers de matins à l’école, engloutis, effacés, dont aucun effort de mémoire n’eût restitué une trace ! Seul ce matin-là restait, avec tout son vert, avec toute son odeur, avec tout son bonheur, pour toute la vie, frais comme la rosée…

Le Fils du fils prodigue de Soma Morgenstern, traduit de l’allemand par Denis Authier. Ed. Liana Levi.

Cet extrait du premier tome de la trilogie de Soma Morgenstern relate bien pour moi, tous ces souvenirs exceptionnels qui sont enfouis au fond de nous, et qui, dans différentes occasions remontent du plus lointain de notre mémoire. Le billet du premier tome est en cours…

Claude

 

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