Ce sont les vacances, j'ai soit disant le temps d'écrire, de lire, de rêver, de mettre en place les idées que j’ai eu pendant cette année etc. Mais... la vie n’est jamais aussi simple...
Alors en attendant... voici un petit texte de Pierre Herbart, encore un des mes écrivains préférés.

Révolution

de Pierre Herbart

On a déjà fait un petit pas. Certains s’en contentent. Moi ce qui m’enchante c’est de penser jusqu’où on ira dans cette voie. Il s’agit de rendre à l’homme, de le rembourser. Fatalement, on arrivera un jour à lui restituer son secret. Si simple qu’un enfant l’eût trouvé. Alors, on se promènera, pensif, ravi, avec des clés plein les mains.

Lettre du suicidé

Ça m’est venu tout d’un coup en regardant la chaise, tapie dans l’ombre, d’un air costaud, avec sa paille tressée verte et rouge. Je ne voudrais pas exprimer avec trop de précision une idée fort imprécise, mais il me semble que je vais faire ça « pour voir la gueule de la chaise ». Et par extension (à l’instant à cause de ma montre (une montre, qui marque l’heure, doit être bien embêtée quand on arrête le temps). Maintenant, je regarde mon revolver, mon beau petit revolver. Comme c’est bien ! Il y a six mois, six ans, quelque part dans le monde, on fabriquait ce revolver. Je ne m’imaginais pas du tout alors que je me tuerais, mais ON savait. Il a traversé des pays, peut-être la mer, pour me rejoindre. IL est là, tentant comme une femme, tout près de ma main. C’est beau. (Les cochons se mettent à rigoler.)
     Je vais aller fermer ma porte au verrou, pour éviter toute équivoque. Ces messieurs de la police, avec la logique qui les caractérise, en déduiront plus facilement qu’il s’agit bien d’un suicide (un assassin peut-il refermer un verrou intérieur après avoir quitté une pièce ?). En quoi ils se trompent ; et pour une fois je vais leur livrer les coupables. C’est une conspiration. La chaise, la montre, la bougie, le paquet de cigarettes ont décidé ma mort. Il m’est facile de le constater à leur attitude. Je les dénonce parce qu’on n’arrête pas encore les bougies. Mes assassins n’ont rien à craindre. Adieu, les crépuscules pleins de malaise qui essayaient de m’avertir. Assez bavardé. FEU.

Tiré du livre « Inédits » le tout sur le tout.

Claude.