L’indifférence
de Pentti Holappa
Traduit du finnois par Gabriel Reboucet

La fleur pourrait voler, le papillon prendrait racine,
l’étoile éclairerait la vie dans le cœur,
la veille effaroucherait le jour, et le rêve aurait un sens.

Tout est possible, peu importe.
L’indifférence est la haute pensée
qui règle le cours des événements.

L’oiseau retombe du toit noir sur ses ailes,
il y a l’air et la graine dans la terre.
Dans le gouffre de l’avenue une auto se rue vers la mort
car le temps est fonction du mouvement.

L’homme, à qui d’abord il fallut plaire
puis s’attacher comme une obsession,
était un semblable refermé sur lui-même.

Le tigre écorche chaque jour la chèvre
réalisant en paix la mission de sa vie,
ce qu’on nomme un instrument de la nature.
L’amour cherche et trouve sa proie
et l’inévitable n’est que hasard.

L’envie d’immortalité est pareille à la peur de l’ombre,
et histoire de voiler la même réalité,
on croit surmonter ses propres limites
en se figurant que le savoir de l’autre vaut l’infini.

J’énumère de désagréables évidences.
Il semble pourtant que le plus vrai
ne soit pas encore énoncé – ou alors je me dupe encore.
Par magie je rends vrai le mensonge, si le vrai est mensonge
et si je veux embrasser mon illusion bien-aimée.

Les mots longs : poèmes 1950-1994 de Pentti Holappa, traduits du finnois par Gabriel Rebourcet. Poésie/Gallimard. L’indifférence page 136.

Je suis en train de redécouvrir ce recueil, je l’avais oublié, je ne me souvenais plus que je le possédais. Il faut dire que je dois, depuis 2 ans ranger mes livres… je les ai posé là, quand je suis arrivée ici, je les ai un peu aligné, j’ai mis tous les livres de poésie dans une pièce, j’ai essayé de regrouper mes auteurs préférés (c’est totalement raté, il y en a dans toutes les pièces…), je râle parce que je les cherche tout le temps… pouh pouh !!! je suis quand même arrivée à mettre de côté ceux qui ne m’étaient pas indispensables, ceux que je n’ai pas aimé, ils partent samedi. Les choses avancent, peut-être que je ne râlerai bientôt plus. Mais comment range-t-on des livres, c’est impossible cette histoire !!!!

Enfin, ce soir, je n’ai pas perdu (encore une fois) un livre, mais j’en ai retrouvé un. Et, c’est un vrai plaisir.

Claude

J’écris l’ouverture d’un long chant
sur la fraîcheur de ta peau, sur tes yeux étranges
où se joignent le Sahara, l’Atlantide
et même la résine des pins roulée en perles.
Et si d’une musique je prolonge le cours de ma chanson
la pleine harmonie se brise, d’une fissure
où roule la goutte claire de ta jeunesse.

Pentti holappa, page 73

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