Au bout d’un fil d’araignée tout rouge
et balancé de pétale.
Je n’ai rien dans mes mains et ma tête
est bien vide.
Un bourdon se décoince de tes fleurs
puis monte sa vie au ciel.
Valérie Rouzeau

M’endors seule avec le bruit d’une abeille
comme blessée de s’être approchée des lampes.
L’entends dans les livres et le bois
craquer ses deux ailes d’or mais quand je
rallume je ne la trouve pas.
Tans pis me rendors tant pis qu’elle soit
une ou mille j’ai sommeil seule avec
son bruit d’une autre mortelle.
Valérie Rouzeau

Miroir dis-moi c’est ma tête ?
N’ai-je pas une grimace, une nouvelle
ligne aussi à me barrer le front ?
Fais voir un peu ma figure : la figure
orpheline ressemblante.
Renvoie-moi tout craché mon visage
si je bouge vivante.
Si je bouge encore plus tu ne vois plus du tout
ma gueule de fille frappante.
J’enlève mon visage de vivante, miroir.
Pas revoir.
Valérie Rouzeau

Je ne porte pas spécialement d’habits
noirs parce que tu n’es plus visible.
Je peux penser à toi en bleu des jours entiers.
Te trouver des fleurs qui sortent de l’ordinaire
des vases assez beaux assez lourds.
C’est difficile de t’offrir quelque chose, ç’a toujours été.
L’autre fois j’ai mis mes deux pieds
dans tes grandes bottes vides et ton chien
est venu avec moi.
Il pleuvait et je nageais dedans, tu
avais dû garder des cailloux dans tes poches.
Et l’autre fois encore je ne t’ai pas
porté spécialement de bouquet.
Valérie Rouzeau

Pas_revoir_val_rie_rouzeau

Pas revoir, de Valérie Rouzeau. Le dé bleu, L’idée bleue. 12 €.

Je connais Valérie Rouzeau pour son livre sur Sylvia Plath et ses traductions. Aujourd’hui, je me plonge dans sa poésie avec un réel bonheur.

Claude