Le cachet
d’Adalbert Stifter



La 4ème de couverture de ce livre en dit trop c’est dommage. J’ai été déçu de connaître avant de commencer le livre la réponse à une des intrigues de l’histoire. C’est comme si on vous donnait le nom du coupable dès la première page d’un polar. C’est d’autant plus regrettable que ce livre se lit comme un roman policier.

C’est l’histoire d’un homme et d’une femme, de rendez-vous mystérieux dans une église. Une histoire de regards, d’effleurements, de sensualité. C’est une histoire d’amour absolu, où le mensonge ou plutôt le non-dit n’a pas sa place. C’est une histoire où la sincérité n’est pas à prendre à la légère !

C’est poétique à souhait, un peu morbide aussi. C’est du Stifter, mais toutefois un peu différent de sa trame habituelle.

Je vous le conseille vivement si vous aimez cet auteur, mais ne lisez pas la 4ème de couverture, cela vous ôterait une partie de votre plaisir.

Claude

« Construit comme un policier », le récit suscite chez le lecteur une curiosité constante, parfois morbide pour la sensualité qui en imprègne les pages. » 4ème (ce qu’il y a à lire sans dévoiler trop de l’histoire ;o)

p. 44-45

Si la première fois Hugo n'était pas allé à l'église exactement par piété, pour assister à un office, par la suite la paix de la célébration religieuse produisit néanmoins un effet sur son cœur, et l'hospitalité que lui offrait ce temple lui plut tant qu'il y retourna encore plusieurs fois de son plein gré; et avec fer­veur, peut-être même plus que bien d'autres per­sonnes qui étaient venues pour la célébration de l'office. Mais il n'avait pas revu le vieillard.

Après une longue période, il était revenu plusieurs fois coup sur coup à l'église sans voir le vieil homme, et sans doute aurait-il cessé d'aller à l'église à cette heure précise s'il n'était arrivé quelque chose qui donna une autre tournure à cette affaire.

Il se trouva qu'un jour on faisait une réparation au pavement de la nef centrale, et que pour cette rai­son on avait installé une poutre entre les bancs, en travers de l'allée principale. À cause de cela, une vieille femme vêtue de noir, dont Hugo avait déjà remar­qué plusieurs fois qu'elle s'agenouillait toujours devant le maître-autel, qu'elle était voilée et presque toujours la dernière à quitter l'église, accompagnée d'une jeune fille vêtue de gris, avait été contrainte de retourner vers le portail par l'allée latérale, en frô­lant le mur. Elle passa donc devant Hugo. Ce jour-là elle n'avait pas abaissé son voile sur son visage, et quand elle s'approcha, il remarqua que de ces vieux vêtements à la coupe démodée, aux formes inélé­gantes et engonçantes, ressortait un visage très jeune et de grands beaux yeux. Il en fut ému et la regarda. Elle aussi le regarda un instant, puis rabattit son voile et sortit. La jeune fille en gris marchait derrière elle. Celle-ci avait les traits communs d'une servante.

Hugo resta encore un moment dans l'église. Comme d'habitude à cette heure-là, la lumière du soleil se perdait tout en haut contre les fenêtres, et l'église devenait beaucoup plus sombre qu'elle ne l'avait été pendant tout l'office. L’armature de poutres brutes que l'on avait installée entre les bancs rendait le tout encore moins accueillant.

 

Le cachet, Aldabert Stifter, traduit de l’allemand par Sibylle Muller. Éd. Circe.

 

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