Désolations
de David Vann

Irène et Gary sont à la retraite depuis peu. Ils se retrouvent seuls, leurs enfants sont partis vivre leurs vies depuis un moment. Gary décide alors de construire la cabane de ses rêves sur un ilot en Alaska. Pour lui faire plaisir sa femme accepte de l’aider, même si elle ne croit pas à ce projet, comme à tous ses projets d’ailleurs. Depuis qu’elle a accepté des migraines violentes la font énormément souffrir, maux que les médecins n’expliquent pas.
Leur fille Rhoda, qui est proche d’eux est la témoin impuissante de la dégradation de leur relation, de l’usure de leur couple. Que cachent cette cabane, ces maux de tête ?

Première page
MA MÈRE n'était pas réelle. Elle était un rêve ancien, un espoir. Elle était un lieu. Neigeux, comme ici, et froid. Une maison en bois sur une colline au-dessus d'une rivière. Une journée couverte, la vieille peinture blanche des bâtiments rendue étrangement brillante par la lumière emprisonnée, et je rentrais de l'école. J'avais dix ans, j'avançais seule, j'avançais à travers les amas de neige sale dans le jardin, j'avançais jusqu'à notre porche étroit. Je ne me souviens pas du cours exact de mes pensées en cet instant, je ne me rappelle pas qui j'étais ni ce que je ressentais. Tout cela a disparu, effacé. J'ai ouvert notre porte d'entrée et j'ai trouvé ma mère pendue aux chevrons. Je suis désolée, ai-je dit, puis j'ai reculé avant de refermer la porte. J'étais à nouveau dehors, sous le porche.
Tu as vraiment dit ça? demanda Rhoda. Tu as dit que tu étais désolée?
Oui.
Oh, Maman.
C'était il y a longtemps, dit Irène. Et c'était quelque chose que je n'arrivais pas à voir à l'époque, alors je peux encore moins le voir aujourd'hui. Je ne sais pas à quoi elle ressemblait, pendue là-haut. Je ne me souviens de rien, seulement que c'était là.

Rhoda se rapprocha de sa mère sur le canapé et lui passa le bras autour des épaules pour l'attirer à elle. Elles observèrent le feu. Un pare-feu en métal était installé devant, de petits hexagones, et plus Rhoda les regardait, plus ces hexagones semblaient composer la paroi arrière de l’âtre, dorée par les flammes.

Désolations, de David Vann, traduit de l’américain par Laura Derajinski. Éd.Gallmeister.

 Lorsque j’ai refermé le livre, je me suis sentie mal à l’aise. C’est vraiment bien écrit, c’est beau, et aussi violent et dur. Jusqu'où peut-on aller par amour ? Que ce soit dans l’histoire des parents ou dans celles des enfants, le couple est passé sous microscope, et, il n’y a aucun filtre pour l’adoucir ! Tout est décortiqué.
Le livre est chapitré en fonction des personnages, ce qui permet par moment de souffler un peu.

Je ne connaissais cet auteur, l’atmosphère du livre m’a envoûté, les paysages, les relations, les solitudes… je ne suis pas prête d’oublier l’impression qu’il m’a laissé.

Claude

désolations