La traductrice
d’Efim Etkind

Théâtre de la comédie à Léningrad : la pièce vient de s’achever, le public applaudit et réclame l’auteur. Alors, une femme âgée se lève, se présente sur la scène, le public l’ovationne. C’est la traductrice de l’œuvre qu’il vient de suivre. Soudain, elle s’écroule, victime d’un infarctus.

La suite de ce petit texte nous conte l’histoire de Tatiana Grigorievna Gneditch, traductrice du Don Juan de Byron, dans une cellule soviétique. C’est à son intelligence, sa ténacité qu’elle doit sa survie mentale. C’est en effet, sans livre, sans papier qu’elle commença le travail, elle était enfermée dans une cellule commune, et un jour, on la convoque. Page 17. Après le jugement, elle fut détenue à la pri­son Chpalernaïa, dans une cellule commune où il y avait pas mal de monde, en attendant d'être envoyée dans un camp. Un jour, elle fut convoquée par son dernier interrogateur qui lui demanda : « Pourquoi vous ne prenez pas de livres à la bibliothèque ? Nous en avons beau­coup, vous êtes en droit de le faire... » Tatiana Gnéditch répondit : « Je suis occupée, je n'ai pas le temps. » « Vous n'avez pas le temps ? » demanda-t-il sans vraiment s'étonner, car il avait déjà compris que sa protégée se distinguait par certaines bizarreries. « Je traduis. » Et elle pré­cisa : « Un poème de Byron. » L'interrogateur était cultivé. Il s'avéra qu'il savait ce qu'était Don Juan. «Vous avez le livre ? » demanda-t-il. Elle répondit : « Je traduis de mémoire. » Il fut encore plus étonné. « Comment faites-vous pour vous souvenir de la variante définitive ? » demanda-t-il, manifestant une compréhension inattendue de l'essence du problème. « Vous avez raison, dit-elle, c'est ce qu'il y a de plus difficile. Si je pouvais noter ce que j'ai déjà fait... Surtout que j'approche de la fin. Je ne me souviens plus très bien du début. »
Ébloui par son travail, cet homme lui fournira du papier et des crayons, un dictionnaire… Pendant deux années, elle se consacra à cette œuvre, puis pendant 8 ans, elle la retravaillera en camps.
La traductrice de Efim Etkind, traduit du russe par Sophie Benech. Éditions Interférence.

 Je vais arrêter là l’histoire. J’ai trouvé que c’était un livre d’une beauté simple, dans lequel la culture sauve de la bêtise, de l’ignominie. J’aime les mots, ils n’ont pas de frontières, et, je tiens ici à remercier tous les traducteurs de la terre qui m’ont permis, et me permettent de déguster des petits chefs-d’œuvre !

Claude

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