L’enfant du Danube
de Janos Székely
 

Quel  livre passionnant ! Janoz Székely nous décrit à travers ces quelques 700 pages la Hongrie des années 20. C’est un récit d’une force et d’une intensité incroyable.

Anna, une toute jeune femme est séduite par « Beaumichel » lors d’un bal au village. Celui-ci repart le lendemain matin, la laissant sans le savoir, enceinte. Anna a son bébé, Belà, qu’elle doit confier à une ancienne[CL1]  prostitué du village, qui garde des enfants comme lui. Alors que sa mère envoie de l’argent avec bien souvent du retard, Belà est mal nourrit, plus ou moins maltraité, par la « tante Rozika ». Il voit partir les enfants dont les mères ce sont mariées, avec leur nouveau papa. Sa porte de sortie est l’école, Belà est un très bon élève et fait tout l’espoir de son instituteur. À 15 ans, il décide de rejoindre sa mère. Les retrouvailles heureuses sont de courte durée, car Anna a décidé de le faire entrer dans un grand  hôtel comme groom, et ne veut pas qu’il aille à l’école car ils n’en ont pas les moyens. Elle est laveuse, et cela ne lui permet pas de le faire manger, elle sous loue la chambre, et se débrouille comme elle le peut. Elle explique à son fils, que si elle perdait son travail, il ne lui resterait plus que la bouteille d’eau de javel à avaler, aussi, chaque fois qu’ils traverseront des moments très difficiles, et qu’elle jettera un œil sur ladite bouteille, il éprouvera une crainte.

Belà se résigne donc à aller travailler à l’hôtel, il côtoiera le luxe, les gens qui vont avec, leurs extravagances, l’amour, la passion, l’amitié. Il va découvrir la politique, les dessous des partis, leurs façons de faire. À travers la vie de l’hôtel, il nous fait découvrir la vie de la société hongroise des années 20, et lorsque Belà rentre chez lui, il nous confronte à celle du petit peuple. La Hongrie connaît une crise très importante comme toute l’Europe, la corruption se développe dans toutes les couches sociales, chacun en profite.

 

Pour ses 16 ans, son père réapparaît, heureux d’apprendre qu’il a un fils. Il s’installe chez eux. Une toute courte période de bonheur s’installe alors chez eux. Mais, c’est sans compter sur la crise économique qui décide de leurs vies.

Ce roman est une recherche désespérée et vertigineuse du bonheur, une fresque criante de vérités dures tout en restant passionnantes. Les personnages sont magnifiquement décrit, les gens de l’immeuble sont déchirants d’humanité.  Le livre est en 3 chapitres. La première partie retrace la vie de Belà jusqu’à ses 15 ans, la seconde, correspond à son arrivée à Budapest, son travail, son père etc. et la dernière, est la période qui précède sa fuite pour les États-Unis.

Ce roman est semi-autobiographie. Il aurait dû être le premier d’une trilogie, mais Janoz Székely est décédé à la fin de ce tome.

Je vous conseille vivement ce livre si vous vous intéressez à l’histoire de l’Europe dans les années 1920, et même si ce n’est pas le cas. Les descriptions de la société est grandiose. J’ai lu ce livre en très peu de temps, impossible de le poser !

Claude

 

Première page

Comme tous les romans à un sou, ma vie débuta par une tentative de meurtre sur ma personne. Dieu merci, cela m’arriva cinq mois avant ma naissance ; je pense donc que je n’en fus pas autrement affecté. Et pourtant, si ce qu’on dit au village est vrai, le danger était d’importance. C’est par le plus grand des hasards que je n’ai pas été assassiné avant que cette main qui tient aujourd’hui la plume ait eu sa bonne chance de devenir une main.

Ma mère avait alors tout juste seize ans ; et, à moins que les apparences ne m’abusent, elle n’avait aucune envie que je l’appelle maman. Il est évident que les jouvencelles de seize printemps, n’ambitionnent guère pareil honneur : mais ma mère, me dit-on, se conduisit de façon véritablement maladive. Elle lutta contre la maternité comme si elle avait le diable au corps. Elle usait des méthodes les plus lâches, mais elle faisait aussi la tournée des églises ; elle s’agenouillait et priait, puis elle maudissait tous les saints du paradis. Elle ne voulait point me donner le jour : ah ! non, par Dieu, elle ne le voulait point !

-   Si encore j’aimais son vaurien de père, disait-elle. Mais je ne l’ai vu qu’une fois dans ma vie et je ne sais même pas dans quel coin du monde la vérole est en train de le ronger.

Elle disait vrai. Elle avait fait la connaissance de Mihaly T. à la fête des saints Pierre et Paul et ne l’avait jamais revu. N’empêche qu’elle s’y laissa prendre tout comme une autre. Et pourtant, ma mère n’était pas ce qu’on appelle chez nous une fille au foie blanc, toujours prête à s’acoquiner avec le premier pantalon venu. Non que je veuille l’excuser ; mais je vous conte l’histoire comme elle m’a été dite par une femme du village, la tante Rosika, dont je vous parlerai plus loin.

L’enfant du Danube de Janos Székely, traduit par Sylvie Viollis. Éd. France Loisirs avec l’autorisation des éditions des Syrtes.

 

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