La vie lente des hommes
de Sylvie Aymard

 

    Bussy n’a pas 15 ans quand elle s’aperçoit qu’elle est enceinte de Daniel. Il mourra avant de le savoir. Nous sommes en 1940. Page 32. Matteo vint chercher sa fille. Lorsqu’il entra, Bussy dérangea d’une main brusque tous les sièges vides autour de la table. Ils repartirent à Paris juste avant la fin de la guerre. Sans parler de Daniel. On ne reparlera plus jamais de Daniel. Elle rentrera alors avec son père à Paris, où ils élèveront ensemble la petite Esther. A la libération, elle rencontre Tristan. Ils se marient, et le père de Bussy, décidera de rentrer en Italie, là où sont ses racines.

Page 73. Tristan posa une longue main possessive sur le bras de Bussy pour la guider vers la voiture. Aucun sujet de discussion ne lui vint. Ne plus la quitter, c’est tout.

    Esther grandit entre l’amour démesuré que Tristan éprouve pour Bussy, et la langueur de cette dernière face à la vie. Elle sent qu’on ne lui dit pas tout, qu’il y a quelque chose en suspension dans leur vie.

    Par petites touches, Sylvie Aymard nous révèle les secrets de Bussy, le malaise d’Esther, l’amour infini de Tristan, et enfin, leurs libérations (délibérée ou subie), chacun à leur manière.

    Bussy en restant dans son passé, Tristan en adorant sa femme, ont fait qu’Esther au milieu d’eux a toujours cherché sa place dans leur vie, et dans sa vie. L’oubli, l’abandon sont au cœur du livre, mais, la puissance destructrice de l’ignorance est ce que je retiendrai de ce roman. Je n’avais jamais lu Sylvie Aymard, et c’est une belle découverte de fin d’année.

Claude

Première page

Elle porte un châle en laine, croisé fort dans le dos, contre la primo-infection. Même en ce début septembre presque torride. L’après-midi est roux, teigneux, crépitant de soleil.

En face de son immeuble, au milieu d’un terrain mal foutu, plein de trous secs, d’herbes jaunes et du chaud dans l’air qui cherche le vent : elle attend les autres. Impatiente, elle tape du pied, soulève une sale poussière. Soudain, l’espace aride se remplit d’une giclée de gosse qui la rejoignent.

Et ça court partout, se presse de jouer, la salive filante, les cris poussés trop fort, pour rien.

Pour faire le bruit des enfants.

La vie lente des hommes de Sylvie Aymard. Editions Maurice Nadeau.

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