Colorado Blues
de Kent Haruf

     Holt est une petite ville américaine du Colorado. Tout le monde s’y connaît. Toute l’économie tourne autour de la coopérative agricole. Lorsque le président décide de prendre sa retraite, le comité la confie à Jack Burdette, un enfant du pays. Jack est le « beau gosse » de la ville, l’espoir sportif déchu, le fêtard, etc. Il est marié à Jessie, une jeune femme simple et discrète.

Un soir, Jack disparaît avec la caisse de la coopérative, laissant derrière lui, Jessie enceinte et leurs deux enfants de 4 et 2 ans.

La ville ne fera pas de cadeaux à Jessie. Elle vend leur maison, trouve un travail, et continue sa vie comme elle le peut, en prenant soin de ses enfants. Page 188. Or, vers la fin du printemps, cette année-là, elle découvrit un moyen de solder son compte. Elle se mit à aller danser le samedi soir au Bar de la Légion.
Néanmoins, au commencement, personne n’avait voulu danser avec elle.

…Pages 190/191. Ils passaient « I love you in a thousand ways » de Lefty Frizzel, cette chanson qui promettait une vie nouvelle et la fin des jours de cafard, cette chanson qui avait un tempo assez lent pour permettre à Vince Jr. d’exercer sa magie habituelle. Conduisant Jessie sur la piste bondée, il la plaqua contre la boucle de sa ceinture ; puis il se mit à lui lever et à lui baisser le bras, à la repousser en arrière en un pas de deux superbement chaloupé tandis qu’elle conservait cette expression d’invite permanente sur son visage et qu’il continuait à sourire au-dessus de sa tête avec une satisfaction évidente. Ils dansèrent comme ça plusieurs morceaux rapides grâce auxquels Vince put faire la démonstration de son art du jitterbug – il la fit virevolter et exécuta des mouvements compliqués avec ses mains -, puis ils soufflèrent un peu avec un slow.

C’est donc ainsi que ça commença : de manière assez innocente, je suppose, car contrairement à certains hommes en ville, Vince Higgims, lui, ne voulaient pas de mal à Jessie Burdette. Je ne suis pas sûr que Vince ait même caressé le moindre espoir d’obtenir une récompense en fin de soirée. C’était simplement qu’il était saoul et qu’il aimait danser. On ne pouvait pas en dire autant des autres. Les autres, eux, n’avaient pas oublié le silo à grain.

8 ans après, Jack Burdette revient en ville…

C’est le journaliste du « Holt Mercury », qui connaît Jack depuis l’enfance qui se souvient pour nous.

J’ai lu tous les livres traduits en français de Kent Haruf. J’aime beaucoup sa façon simple de nous emmener au cœur des petites villes américaine, en l’occurrence à Holt. Il sait décrire avec beaucoup de sobriété et de pudeur les femmes et les hommes, leurs passions, leurs faiblesses mais aussi leurs qualités et leur envie de vivre. Il nous raconte ces gens dont on ne parle pas souvent, ceux que l’on ne voit pas, ceux de l’Amérique silencieuse.

Les livres de Kent Haruf :

-   Le chant des plaines

-   Les gens de Holt Country

-   Nos âmes la nuit

-   Colorado blues

Claude

Première page

Jack Burdette finit par revenir à Holt, au bout du compte. Personne n’y croyait  plus à ce moment-là. Il était parti depuis huit ans et personne à Holt n’avait eu la moindre nouvelle de lui dans l’intervalle. Même la police avait cessé de le rechercher. Elle avait suivi sa piste jusqu’en Californie, mais après son arrivée à Los Angeles elle avait perdu sa trace et, à la longue, avait laissé tomber. C’est ainsi qu’en cet automne 1985, à la connaissance des  habitants de Holt, Burdette se trouvait toujours là-bas. Il se trouvait toujours en Californie et on l’avait presque oublié.

Et puis, en fin d’après-midi, un samedi, au début du mois de novembre, il refit son apparition à  Holt.

Il conduisait une Cadillac rouge à présent. Ce n’était pas une voiture neuve ; il l’avait acheté peu après avoir quitté la ville, du temps où il avait encore de l’argent à dépenser. Elle n’en était pas moins voyante, le genre d’auto que vous auriez imaginée conduite par un maquereau de Denver ou par un tout récent milliardaire du pétrole à Casper, dans le Wyoming.

Colorado blues de Kent Haruf, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anouk Neuhoff. Editions Pavillons poche – Robert Laffont.

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