Le jardin arc-en-ciel
de Ogawa Ito

 

C’est le troisième livre que je lis de cette auteure. J’avais lu, il y a quelques temps : le restaurant de l’amour retrouvé et le ruban. Ses livres sont comme une petite douceur, enfin je les ressens comme tels même s’ils traitent de sujets graves.

Le jardin arc-en-ciel est un roman à quatre voix.

 

Un jour sur un quai de gare, un petit garçon (Sosuke) prend la main par erreur d’une inconnue. Lorsqu’il s’en aperçoit il la lâche, il ne comprendra que bien des années plus tard qu’il lui avait ce jour-là sauvé la vie.

Quelques jours plus tard, sa mère (Izumi), sur le quai de cette même gare, sauve elle aussi la jeune Chiyoko. Elle l’invite à venir chez elle, son fils étant en vacances. C’est le coup de foudre réciproque, et, à partir de cet instant, elles ne se quitteront plus. Elle décide alors de partir vers une nouvelle vie. C’est avec Sosuke revenu de colonie qu’elles fuient la ville, qu’elles « fuguent » comme elles disent. Elles s’arrêtent dans un village, trouve une vieille maison qu’elles vont retaper. Sosuke est heureux entre ses deux mamans.

Quelques semaines après leur arrivée, elles se rendent compte que Chioky dite Choko est enceinte. Elle avait eu une aventure d’un soir avant sa rencontre avec Izumi. Elles décident alors toutes les deux de garder le bébé, qui sera prénommée Takara par Sosuke.

Au moment de leur arrivée, Choko avait cousu un drapeau couleurs arc-en-ciel et l’avait installé sur le toit, pour éviter les questions. Les langues se délient, mais peu à peu elles sont acceptées par les villageois. Au bout de quelques années, quand les enfants ont grandi, elles ouvrent une maison d’hôtes : « l’arc-en-ciel ». Elle est ouverte à toutes et tous, jeunes et vieux, étudiants, travailleurs, hétéro, homo. Elles veulent juste que les visiteurs partagent leur vie de tous les jours, leur vie simple, mais heureuse et remplie d’amour.

Chaque membre de la famille prend la parole.

Ce texte sur la différence est très intelligemment écrit, et relate le courage de ces femmes face à l’intolérance, et aux préjugés. Ces femmes qui décident de répondre à la bêtise par l’amour et la liberté.

La famille est au centre de l’histoire, celle que l’on se crée, c’est un très beau texte sur l’espérance, et la tolérance.

Claude

Première page

Prologue
J’avais six ans.
Elle, elle était plantée sur le quai. Avec chaque train qui passait, le ruban rouge de son uniforme dansait dans le vent, il faisait comme un petit bond souple. On était en été. Je m’en souviens très bien, parce que c’était la veille de mon anniversaire.

Sôsuke !

Quelque part, j’ai entendu la voix de maman qui m’appelait. À l’époque, j’adorais les trains et, pressé de les voir, je l’avais précédée sur le quai. Du coup, entraîné par la foule, j’avais été séparé de maman.

Sôsuke !

Lorsqu’elle m’a appelé pour la deuxième fois, je me suis rendue compte que je tenais la jeune fille par la main. Troublé, j’ai vite lâché sa main. Mon cœur s’est mis à cogner, comme s’il tapait des pieds. Soudain, j’avais du mal à respirer, la gorge sèche.

Le jardin arc-en-ciel de Ogawa Ito, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako. Éditions Philippe Picquier.

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