Comme personne
de Hugo Hamilton

A la fin de la seconde guerre mondiale, Maria fuit la capitale allemande, la guerre est perdue pour les allemands. Lors d’un bombardement son petit garçon, Gregor est tué.
Un jour dans la foule des réfugiés, un enfant du même âge lui prend la main.

Désespérée depuis la mort de son enfant, elle décide de garder le petit et de lui donner son prénom.

Quand son mari rentre de la guerre il est tellement traumatisé qu’il ne cherche pas à savoir. L’enfant grandit alors dans le secret de sa naissance et de ses origines. Pages 224/225. Après le dîner, Gregor joua de la musique. De la guitare d’abord, ensuite du piano. Les autres prenaient le café, assis en rond dans le salon. Son père tirait  sur un cigare qui projetait des nuages de fumée sur la colonie de têtes de cerf, de crânes et de faces grimaçantes. Gregor joua du Bach. Accords en bourrasque, notes entrelacées. A la fin du morceau, oncle Max sortit son mouchoir une fois de plus.

- Il a sûrement rapporté la musique avec lui, dit-il. Tu n’es pas contente d’avoir trouvé un garçon aussi talentueux ?

Le silence retomba. Des éclats d’indignation traversèrent les regards qui tentaient de deviner l’intention qui se cachait derrière un tel propos. Une musique atonale restait suspendue dans l’air, et refusait de se dissiper.

- Il tient ça de son grand-père, rectifia la mère de Gregor.

Elle était contrariée, scandalisée même.

- Pardon, reprit oncle Max. Je pensais qu’il savait.

- Savait quoi ? s’étonna Gregor.

Sa mère fondit en larme et quitta la pièce. Son père, furieux, se leva.

- Bon sang, mais de quoi parles-tu ? Pourquoi viens-tu chez nous la tourmenter comme ça ?

La soirée s’acheva brutalement. Une atmosphère de crise s’était répandue dans la maison. Gregor se souvient d’avoir entendu ce soir-là ses parents s’entretenir au lit à voix basse.

…/… Le lendemain, sa mère lui expliqua qu’oncle Max n’avait plus sa tête.

50 ans plus tard, Gregor est musicien, il vit séparé de sa femme Mara même s’ils s’aiment toujours, ils  ont un fils Daniel. Toute sa vie, il a été tourmenté par le fait de ne pas savoir d’où il vient, qui étaient ses vrais parents, etc.

A 17 ans, persuadé d’être juif, il s’était enfui de chez lui, il était devenu trompettiste, s’était fait circoncire, et avait  parcouru le monde sans arriver à se poser vraiment.

Un jour, Mara qui aimerait le voir heureux, rencontre sa mère sans qu’il le sache. Elle veut comprendre qui est l’homme qu’elle aime, quelles sont les raisons de son mal-être etc. Maria pourrait-elle l’aider, pourrait-elle admettre 50 après qu’il n’est pas son fils ? Cela voudrait dire pour elle renier son existence. Pages 176/177.

- Mais il est juif, dit Mara. Il a été sauvé par votre père. Vous l’avez adopté en remplacement de votre fils perdu. Tous les ennuis avec la Gestapo venaient de là, non ?

La mère de Gregor fixa de nouveau Mara du regard. Ainsi il fallait qu’elle fasse valoir ses droits sur sa propre vie ! Ce rejet était insupportable, et c’est avec de l’hostilité dans la voix qu’elle reprit :

- Il n’est pas plus juif que moi, ou que son père. Il est allemand. Il est le portrait de son grand-père Emil. Pour l’amour de Dieu, regardez les photos ! Il est musicien et chanteur, exactement comme Emil ! Vous ne voyez donc pas ?

Il m’a dit qu’il était arrivé avec des réfugiés de l’Est.

Il peut inventer toutes les histoires qu’il  voudra.

 

Magistral ! C’est un livre grave, bouleversant qui nous entraîne dans la tourmente de la recherche d’identité, lorsque toutes les preuves sont détruites, lorsque le mensonge pèse et n’arrive pas à se lever, lorsqu’il étouffe de tout son poids sur la vie au point de passer à côté. J’ai adoré ce livre, il est sensible, juste, et très bien écrit. Je l’ai gardé un moment en moi.

Claude

Première page

Ils avaient dû être fous de terreur. Ils s’étaient précipités dans les cave en se tenant par la main, hurlant encore à moitié endormis, se bousculant dans le noir. Les enfants pouvaient percevoir les tremblements des adultes. Ils pouvaient entendre la panique dans leurs voix. Ils pouvaient entendre les hurlements des sirènes traverser les immeubles et le bourdonnement profond de la musique des orgues autour de la ville, lorsque les avions la survolaient.

Quand la première bombe siffla dans les airs, ils se blottirent les uns contre les autres et prièrent.

- C’est notre tour. Que Dieu nous aide.

Ils avaient si peur qu’ils en perdaient leur personnalité. Certains marquaient à la craie les nuits de bombardement sur les murs des caves. Créatures sans défense réfugiées sous terre, se bouchant les oreilles tandis qu’au-dessus d’eux es sombres escadrilles traversaient le ciel nocturne. Par vagues successives entrecoupées de silences mortels. Ils suivaient la chute de chacune des bombes, essayant d’évaluer à quelle distance elle se trouvait. Ils sentaient chaque fois tressaillir la terre, ils sentaient la force de l’explosion dans leurs cheveux, le long de leur crâne. Une explosion qui faisait voler les fenêtres en éclats et aspirait l’ardoise des toitures.

Comme un homme, d’Hugo Hamilton, traduit de l’anglais par Joseph Antoine. Edition points.

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